10 décembre 2004
De retour de notre voyage aux USA après avoir réalisé un périple de 1300 kilomètres en vélo en autonomie complète dans l’Ouest américain, Jean-Christophe est reparti, après avoir passé une semaine en France, pour le Népal afin de tenter un projet sur lequel il « cogite » depuis 1996.
La première ascension hivernale du Shishapangma, dans un style, comme toujours, des plus
difficile : en solitaire, en technique alpine et sans apport d’oxygène
artificiel !
Jean-Christophe n’a pas souhaité parler de cet ascension car il ne voulait pas avoir « La pression » ni qu’on le devance dans ce projet sur lequel il cogite depuis
1996 !
En 1994, il a gravi cette montagne, en allant deux fois au sommet au cours de la même expédition en ouvrant un nouvel itinéraire en solitaire dans la face nord.
En 1996, il a voulu tenter l’ascension du Shishapangma en hiver en empruntant le trekking qui démarre dans le Langtang. Cette année a été particulièrement enneigée et Jean-Christophe n’a pas pu atteindre le camp de base du Shishapangma.
En 2003, Jean-Christophe devait à nouveau repartir sur ce projet d’hivernale au Shishapangma. A quelques jours de son départ, Jean-Christophe a appris que son père était condamné par la maladie. Il a raisonnablement reporté ce projet et a accompagné son père dans cette épreuve.
2004, cette année il se sent bien, il est prêt et s’attaquera à son versant sud avec le projet d’ouvrir une nouvelle voie.
Il faut également savoir que la saison officielle de l’hiver en Himalaya commence le 1er décembre et se termine le 15 février.
Jean-Christophe espère pouvoir tenter le sommet du Shishapamgma durant la première quinzaine de décembre.
L’autonomie complète, comme l’aime Jean-
Christophe : bien gérer son ascension, sa fatigue, sa force mentale, sa stratégie d’ascension dans des conditions de froid extrême.
Le problème majeur dans l’ascension des sommets de plus de 8000 mètres en hiver est principalement lié au mélange grand froid et altitude.
Lorsque l’on est en état d’hypoxie ( manque d’oxygène) le sang s’épaissit, la circulation sanguine se fait moins bien, les risques de gelures sont élevés alors en hiver avec des températures encore plus froides et des jours plus courts ce processus est renforcé.
Jean-Christophe ne souhaite pas gravir les sommets de plus de 8000 mètres juste pour les collectionner, il attache une grande importance à la manière dont il va les gravir. Il aime la difficulté, l’engagement, l’autonomie et la discrétion.
Nous avons beaucoup travaillé la préparation de ce projet grâce à un entraînement physique spécifique, grâce aussi à notre partenaire LPG qui développe et fabrique des machines qui permettent de travailler l’équilibre, la coordination, le renforcement musculaire, la récupération. Nous attachons beaucoup d’importances à la diététique, avec l’aide de René préparateur physique qui travaille pour LPG nous nous sommes penchés plus profondément sur la nutrition dans des conditions extrêmes mais également d’un bon équilibre entre les protéines, les glucides, les lipides tout au long de l’année. De l’alimentation à adopter au retour de l’entraînement, pendant les phases de récupérations, etc…
L’
ASCENSION :

Le 8 novembre 2004, Jean-Christophe s’envole pour le Népal, il arrive le même jour à 23h30. le décalage d’horaire avec la France est de 4h45 en plus pour le Népal.
Le 9 et le 10 novembre sont occupés à la préparation des bagages et achats divers.
Le 11 novembre, Jean-Christophe accompagné de son cuisinier «Sera » (le même que pour le Makalu au printemps dernier) quitte Katmandou pour se rendre, le jour même, à Nyalam au Tibet à 3800m d’altitude.
La frontière Népalo-chinoise se passe sans encombres.
Il fait beau et froid.
Le 12, Jean-Christophe reste une journée à Nyalam afin de s’acclimater et régler les différents problèmes d’organisation avec les Yacks. Les conditions sont bonnes, il n’y a pas de neige à Nyalam il fait toujours un temps superbe, froid avec beaucoup de vent en altitude.
Le 13, Jean-Christophe quitte Nyalam pour commencer sa marche en direction du camp de base. Il bivouac au milieu.
Le 14, il arrive au camp de base. Le trek est vraiment facile, rien à voir avec le trek et les conditions qu’il a eu le printemps dernier en allant sur le versant vierge et tibétain du
Makalu ! Il installe son camp de base à l’abri des vents éventuels qui pourront souffler et à proximité d’un grand lac. La face est très belle et proche du camp de
base ! Idéal pour Jean-
Christophe !
Le 15, la journée se passe au camp de base, acclimatation (nous sommes déjà à plus de 5000 mètres d’altitude), préparation du premier portage jusqu’au camp de base avancé que Jean-Christophe installera au pied de la face sud vers 5700 mètres d’altitude.
Il fait toujours beau avec un vent d’enfer en altitude, jusqu’à 160 km/h à 8000m!
16
novembre : Jean-Christophe est donc monté ce matin au camp de base avancé installé à 5700 m d’altitude. L’emplacement du camp est idéal… au pied de la
face !!!
Les conditions de la face Sud sont globalement sèches, pas beaucoup de neige, du rocher et de la glace, des conditions difficiles et délicates en perspectives.
Le projet d’ouverture que Jean-Christophe avait n’est pas en condition, il laisse tomber et décide d’ouvrir une variante jusqu’à 7000 mètres d’altitude de la voie britannique ouverte en 1982 par A.MacIntyre – R.Baxter-Jones et D.Scott.
Le 17, Jean-Christophe prévoit de se reposer au camp de base.
Le 18, il neige en faible quantité toute la journée avec des grosses rafales de vent, il est contraint de rester au camp de base.
Le 19, il fait super beau, presque pas de vent, il est donc monté au camp de base avancé (5700m), lourdement chargé de matériel, nourritures, etc…, afin d’y passer la nuit.
Le 20, il commence à grimper dans la face Sud du Shishapangma jusque vers 6300 mètres environ. Il installe quelques bouts de corde fixe car la première partie est très sèche, glace noire, conditions difficiles, techniques et fatigantes. Par ailleurs, la rimaye a été très délicate à franchir car très grosse, Jean-Christophe a trouvé « LE » passage « Clef » pour la franchir.
Il retourne dans l’après-midi au camp de base avancé afin d’y passer la nuit. Aujourd’hui il a fait beau mais avec des grosses rafales de vent froid qui descendaient de la face. Ce soir, il est content mais fatigué par cette journée.
Sinon, chose incroyable, Jean-Christophe s’est fait « piller » sa tente par des corbeaux pendant qu’il grimpait, il les avaient repérés la veille au soir! Ces derniers tournaient au-dessus de sa tête, Jean-Christophe s’étant fait piéger quelques jours avant au camp de base, il a eu le reflex d’emballer sa nourriture dans un gros sac étanche. Malgré tout celle si fut déchiquetée par les corbeaux, qui n’ont pu voler sa nourriture, ce qui reste essentiel!
Le 21, il remonte jusque vers 6500 m avec toujours des difficultés techniques exigeantes avec cette glace noire très dure, il a trouvé l’emplacement où il installera son bivouac la prochaine fois et a pu y déposer un peu de matériel. Le bivouac est idéal, sur une grande langue de neige sous un sérac. Dans l’après-midi il rejoint son camp de base avancé pour y dormir une dernière nuit avant de retourner au camp de base.
Le 22 au matin, retour au camp de base.
Les prévisions météo pour les 10 prochains jours ne sont pas vraiment bonnes avec 5/6 jours de neige puis du beau temps avec 180 km/h de vent à 8000m ensuite.
Yan, notre routeur, galère un peu.les prévisions changent complètement en l’espace de 24h, difficile dans ses conditions de faire une prévision.
Après deux jours et demi de repos au camp de base, Jean-Christophe est monté au camp de base avancé le 25 novembre.
Le 26, il monte dormir à 6500 mètres d’altitude dans la face.
Le 27, il poursuit son ascension jusque vers 7000m. Il installe son campement dans une crevasse, à l’abri des quelques flocons de neige qui tombent et des chutes de pierres ou de glace éventuelles. Parti très tôt ce matin dans un froid mordant, il évolue sur un parcours délicat en grande partie en glace bleu, donc très dure, son sac est lourd puisqu’il transporte son campement (tente, sac de couchage, réchaud, gaz, nourriture, cordes, etc…).
Il y a des sections en glace raides, d’une inclinaison de 75°.
Il n’arrive pas à trouver un rythme, les conditions de glace changent souvent laissant parfois, sur de courte section, apparaître la neige. Il lui reste encore 80 mètres à gravir pour atteindre l’endroit ou il installera son bivouac à 7100m. Trop fatigué par cette journée éprouvante, par ces 10 heures d’ascension glaciaire il décide d’installer son campement dans cette crevasse en attendant demain matin pour aller plus haut.
Lorsque que le soleil disparaît, le froid est omniprésent. Cette nuit son altimètre/baromètre/anémomètre et thermomètre à rendu l’âme à –25° en début de nuit.Jean-Christophe estimait une température sous sa tente à –30°. La mixture froid et haute altitude est terrible pour le corps humain, Jean-Christophe en souffre, il le savait, d’ou l’importance de toute cette préparation en amont qui a duré plusieurs mois. Aujourd’hui, il arrive à bien gérer ce paramètre dans sa tête.
La brève accalmie du vent se termine demain, dimanche 29 novembre. A partir de l’après-midi, il reprendra sa vitesse en atteignant des valeurs allant jusqu’à 180 km/h à 8000
mètres ! ces prévisions sont pour l’instant prévues toute la première quinzaine de décembre!
Le 29 novembre, Jean-Christophe quitte son emplacement où il a installé son bivouac pour la nuit et le transporte 100 mètres au-dessus avant d’entreprendre 1300 mètres de descente très délicate en grande partie en glace. Dans l’après-midi il est au camp de base.
Ca y est, Jean-Christophe est acclimaté, il se sent prêt pour tenter le sommet, il va maintenant falloir qu'il s’arme de patience pour attendre le créneau météo qui lui permettra une tentative.
Aujourd’hui, lundi 6 décembre, une lueur d’espoir refait surface, un créneau avec un vent léger à 8000 mètres se dessine de manière plus précise depuis deux jours. Si cette prévision se confirme Jean-Christophe tentera l’ascension du Shishapangma entre le 10 et le 15 décembre.
Il lui faudra au total entre 3 et 4 jours pour faire entre le camp de base/sommet/retour camp de base.
9 décembre, il est arrivé à son bivouac situé à 7100 mètres d’altitude. Le moral est super, la condition physique et la motivation également!
Il a quitté son camp de base pour aller au camp de base avancé le 7 décembre.Le 8 il est resté au camp de base avancé car les prévisions du vent avaient encore changé.
Demain le 10 décembre, Jean-Christophe ira repérer la suite de son itinéraire puis retournera passer la nuit à son bivouac à 7000m.
Le 11 décembre Jean-Christophe devrait atteindre le sommet du
Shishapangma !
Il y a un seul créneau météo, une seule journée avec un vent de 50/60 km/h au somme. Dès le soir, le vent va se
renforcer !
Si ce timing est respecté par Jean-Christophe, le 11 il dort une nouvelle nuit à 7100m avant de rejoindre le 12 décembre le camp de
base !
Katia Lafaille.