Onze 8000 vaincus !
Les chroniques de Katia
Départ pour le Pakistan
Vendredi 8 juin 2001
Jean-Christophe Lafaille est parti pour le K2. Le plus polyvalent des grimpeurs franais de haut niveau a laissé derriere lui la haute-Savoie pour rejoindre le Pakistan : il espere etre le premier au monde à conquérir en solitaire ce sommet mythique qui culmine à 8 611 m et y tracer si possible une voie inédite. Le K2 est le deuxieme plus haut sommet du globe après l'Everest et passe pour le plus difficile.
Pour Jean-Christophe, il s'agira de son septieme 8 000, apres ses ascensions réussies au Shishapangma (8 046 m), au Cho-Oyu (8 201 m), au Lhotse (8 516 m), aux Gasherbrum I (8 068 m) et II (8 035 m) et au Manaslu (8 163 m). C'est apres avoir conquis ce dernier, en mai 2000, qu'il a rendu public son projet de tenter de gravir les quatorze 8 000 de la planete. "Techniquement, il en a largement les moyens", disent de lui les alpinistes du serail. "L'essentiel, estime l'interesse, sera de perseverer."

Jean-Christophe s'est bien prepare physiquement et mentalement, notamment apres avoir ouvert une nouvelle voie difficile en solo et en hiver dans la face ouest du Dru. Cette fois, il s'agit de tenter d'ouvrir une voie Lafaille dans la face sud du K2, une "voie esthetique" sur une montagne pyramidale qui ne l'est pas moins, "un Cervin à l'echelle himalayenne". Sa motivation est simple : "Laisser une marque sur une montagne pareille et sur une belle paroi de quelque 3 500 m de haut serait superbe". Et ne pas le faire n'importe comment mais "seul, dans un style ultra-leger, sans oxygene artificiel et donc le plus rapidement possible". Si tout va bien, l'objectif sera atteint avant la mi-juillet.

"Jean-Chri" pour les intimes a pris conge de Katia, son epouse, de Jeremi (7 ans) et de Tom, le dernier-ne (à peine plus de 2 mois) et rejoint l'aeroport de Roissy par TGV. Il rejoindra Islamabad par un vol direct et empruntera des moyens de transport plus rudimentaires (bus, jeep) avant une longue marche d'approche par le glacier du Baltoro.


Premiers jours au Pakistan
Lundi 11 juin 2001

Jean-Christophe Lafaille est arrivé samedi 9 juin à Islamabad, où règne une chaleur suffocante. Il nous fait part de ses impressions et décrit les conditions de préparation de l'expé. "Il est difficile de se déplacer en ville la journée compte tenu de la température qui avoisine les 35°C. Les nuits sont heureusement plus fraîches, ce qui me permet de bien dormir. J'ai retrouvé mes compagnons du camp de base : une dizaine de Coréens, ainsi qu'un groupe de onze Espagnols et Allemands, conduits par Peter Moss, un grand habitué de la logistique. Nous sommes en train d'inventorier et de vérifier notre matériel. Surprise : j'ai retrouvé ici l'himalayiste français Christian Stronndorf. Ca fait plaisir de pouvoir échanger des mots dans ma langue avec quelqu'un ici ! Avec sa propre équipe, Christian a également l'intention de grimper sur le K2, en empruntant la voie classique. Nous étions ce matin au ministère des Affaires étrangères pakistanais pour régler les dernières formalités administratives, tout s'est bien passé.

D'après les informations qui circulent, le K2 est très peu enneigé. Les chutes de neige ont été très faibles cet hiver dans la région. C'est parfait pour la trace et nous épargner des risques d'avalanche, mais en revanche, la paroi risque d'être glacée. On espère que cette glace ne sera pas trop dure.

Je me suis aussi branché sur Internet et j'ai pu découvrir avec plaisir l'avancée du site Web qui suit mon expé. C'est drôle de pouvoir se connecter d'ici : on s'y voit avec un regard extérieur, comme on s'y verrait en France !

Nous quittons Islamabad dès demain pour rejoindre en avion Skardu, dernière ville avant la marche d'approche, à environ 80 km du K2."


Prochains rendez-vous avec Jean-Christophe Lafaille :
- mardi 12 à Skardu, à la veille de son trek pour le camp de base,
- vendredi 15 juin au milieu de sa marche d'approche.

Derniers moments de répit
Jeudi 14 juin 2001

Jean-Christophe Lafaille a quitté Islamabad et la mosquée Faisal mardi 12 pour rallier Skardu, avant-dernière étape avant la vallée du Baltoro et ses sommets. Mardi 12 juin 2001
"Je suis à Skardu depuis mardi matin, et l'atmosphère de la capitale du Baltistan est reposante après la chaleur d'Islamabad. L'altitude et la présence du fleuve Indus rendent l'air (enfin) respirable.
Le vol s'est très bien passé et la météo exceptionnelle nous a offert un spectacle fabuleux : quarante minutes de vol, au-dessus du Nanga Parbat (8 125 mètres), avec le K2 en ligne de mire, et la visite de la cabine du Boeing en prime…
J'ai retrouvé le superbe petit hôtel où j'étais descendu en 1996. Son jardin situé face à l'Indus offre de longues heures de méditation. C'est l'un des fleuves les plus impressionnants que j'aie jamais admirés. Sa vision en 1996 m'avait déjà marqué : une partie de l'histoire de l'humanité borde ses rives, depuis le cœur des montagnes jusqu'à la mer d'Oman.
Skardu est la dernière grosse étape, et le dernier point de ravitaillement de mon périple. Mercredi 13 juin nous devons partir en Jeep pour Askolé, dernier village balti avant la longue vallée glaciaire. Dès demain, la tente. Je savoure donc ce soir ma dernière nuit dans un lit avant deux mois..."

Mercredi 13 juin

"Aujourd'hui départ matinal en jeep pour Askolé. La piste carrossable s'arrête bientôt pour laisser la place à un chemin (photo). Ici commence la longue marche jusqu'au camp de base du K2. J'espère en profiter pour bien m'acclimater, me préparer physiquement et mentalement aux semaines qui vont suivre."



L'oasis de Payu
Lundi 18 juin 2001

Carnet de route de Jean-Christophe, parvenu le 17 juin 2001 via Internet :

"15 juin. Lever 4 h du matin à Askolé. Départ à 5h30 pour une marche forcée. Paysage désertique à perte de vue. Arrivée solitaire à Payu qui est un nom balti signifiant qu'ici la terre ressemble à du sable. Je confirme qu'il y a de la poussière partout, dans les tentes , sur le corps... Le seul fait marquant de cette matinée est la traversée d'un torrent tumultueux et glacé.

Séance étirement des jambes et relaxation seul.

Payu est une petite oasis avec des sources, des arbres. Nous allons rester 2 jours ici pour que les porteurs baltis fassent des provisions, surtout de bois et de nourriture, car, après cette oasis, il n'y a plus que l'immense glacier du Baltoro jusqu'au camp de base du K2. Ici, le confort se paie très cher : un litre et demi de Coca-Cola coûte 300 roupies, soit l'équivalent de 37 ou 38 francs.

Après-demain, le 17 juin, nous partirons très tôt vers 4 h du matin pour la plus longue étape de la marche d'approche. Il nous faudra entre 7 et 9 heures de marche pour rejoindre Urdokas (4 011m) face aux plus belles tours de granit au monde, les Tours de Trango.

Des Baltis hyper-attachants

Je partage un thé au lait et des biscuits avec des Baltis. Je reste plus de 2 heures avec eux à discuter. Ils parlent très très peu l'anglais mais sont super au niveau contacts. Je dirais même que ce sont des gens hyper-attachants et conviviaux. J'ai retrouvé deux porteurs avec qui j'avais déjà fait seul la marche jusqu'à Payu. Un des deux a toujours le T-shirt que je lui avais donné il y a 5 ans...

J'ai fait pas mal d'images des porteurs. Chaque porteur porte au maximum 25 kg et toutes les charges sont contrôlées au kilo près. Les campements, le soir, sont impressionnants car ces porteurs n'ont presque rien sur la peau. Ils se terrent dans des trous pour se protéger de nombreuses rafales de vent. Ils allument des feux de bois et cuisent le green tea et les chapatis (sortes de galettes sèches, le plat de base des Baltis) à même le sol. Ils passent la nuit dehors, qu'il pleuve ou qu'il vente. Une étrange plongée dans un autre âge, au troisième millénaire. Les expéditions et les trekkings sont une source de revenus importante pour eux."


ARRIVEE AU CAMP DE BASE
Jeudi 21 juin 2001

Jean-Christophe Lafaille est arrivé mardi au camp de base du K2, à 5 100 m d'altitude, s'y est vraiment installé mercredi et - si tout allait bien - devait faire un premier repérage dans la face sud ce jeudi. La longue marche d'approche, moins confortable que celle de l'Everest ou de l'Annapurna, s'est déroulée sans problème. Le paysage morainique et aride a offert des points de vue magnifiques, comme celui sur les Tours de Trango (photo), une " succession de Drus " que Jean-Christophe avait déjà saisie sur la pellicule dans un voyage précédent. L'approche aura duré une huitaine de jours et permis d'arriver à pied d'œuvre - c'est le cas de le dire - avec un jour ou deux d'avance sur le calendrier prévisionnel.

Aujourd'hui jeudi 21 juin 2001, Fête de la Musique en France, majoritairement ensoleillée en ce premier jour de l'été sous nos latitudes ouest-européennes, le temps est beau aussi sur le K2 mais semble tourner au mauvais. Jean-Christophe veut se dépêcher de monter dès ce jeudi dans la face sud afin de s'acclimater. Il compte passer une première nuit à 5 600 ou 5 700 m, grimper encore le 22 au matin et rentrer au camp de base le 22 au soir.

Premier camp dans la face sud
Vendredi 22 juin 2001

Jean-Christophe Lafaille a entamé sa phase d'acclimatation dans la face sud du K2. Il a gravi jeudi 21 juin, jusque vers 6 000 m, la voie Cesen qui se situe à l'est de celle qu'il a l'intention d'ouvrir début juillet.

Grâce à un système mis au point avant le départ, Jean-Christophe a pu indiquer avec précision à l'équipe de picvalley (sa base grenobloise) le point culminant auquel il a accédé au terme de ce premier repérage (voir " Dernier pointage ").

"La voie est superbe, l'itinéraire très esthétique et technique, écrit-il. Quant aux risques tels que chutes de séracs ou avalanches, ils sont relativement réduits. Je me sens bien, les sensations sont très bonnes malgré l'altitude. C'est encourageant, d'autant que les conditions de neige sont bonnes pour l'instant.
"La nuit derni²re (celle du jeudi 21 au vendredi 22 juin) ³tait la premi²re pass³e dans la face. J'ai pos³ un camp vers 6 000 m, un ³peron rocheux qui constitue un nid d'aigle ö 900 m au-dessus du glacier. Le temps s'est d³grad³ dans la nuit. Je me suis lev³ sous la neige, avec un temps compl²tement bouch³.

"Le programme de cette journ³e du vendredi 22 juin est simple : retour au camp de base. Je compte me reposer aujourd'hui et demain avant de repartir dans la face le dimanche 24 juin. Si la m³t³o le permet, bien sÚr...

"Il me faudra poursuivre ma phase d'acclimatation en repassant une nuit ö 6 000 m (dimanche ö lundi), monter installer un deuxi²me camp vers 6 600-6 800 m et redescendre passer la nuit ö 6 000 m (lundi ö mardi)".

JCL





Neige sur le K2
Lundi 2 juillet 2001

Une semaine s'est écoulée sans aucune liaison avec le camp de base établi au pied du K2 : le temps était mauvais ce dimanche 24 juin, quand Jean-Christophe a adressé à ses proches, par Internet, cette photo, la première qui ne soit pas extraite de ses archives, pour illustrer sa situation.
Le document numérique montre que, ce jour-là, quelques centimètres de neige venaient de recouvrir sa tente igloo ainsi que les bidons - frappés des logos de ses sponsors - contenant son équipement, ses vivres et ses effets personnels. Jean-Christophe semble résigné (on pourrait dire tellement de choses quand on essaie d'interpréter une attitude à huit jours d'intervalle et à quelques milliers de kilomètres de distance...). Il venait de réussir, deux jours plus tôt, un premier répérage à 6 000 m et était redescendu au camp de base, respectant en cela son programme d'acclimatation à l'altitude. Il projetait de remonter dormir vers 6 800 m.

En attendant, Jean-Christophe peut rendre visite aux membres d'autres expéditions dont on aperçoit les premières tentes à une bonne dizaine de mètres de son bout de territoire. On sait aussi qu'il parvient à tuer le temps en lisant beaucoup. Katia a glissé quelques polars américains dans ses bagages, en particulier un James Ellroy et un Stephen King. Il a aussi emporté, entre autres, "Les Cavaliers" de Kessel, dont les scènes se situent en plein décor asiatique. Et beaucoup de musique, très variée : de U2 à Véronique Samson, en passant par du classique. "Je suis assez Requiem, nous a-t-il confié avant son départ : j'ai toujours avec moi un petit Fauré et un Mozart, les incontournables".

Repérages dans la voie Cesen
Mardi 3juillet 2001

Jean-Christophe Lafaille poursuit sa phase d'acclimatation à l'altitude, tout en repérant les premiers secteurs de la voie qu'il compte ouvrir dans la face sud. "Je suis rentré samedi (29 juin) au camp de base après quatre jours en altitude. Le beau temps était là et la phase d'acclimatation s'est poursuivie : j'ai passé deux nuits à 6 000 m et deux nuits à 6 800 m. Cela m'a permis d'atteindre l'altitude de 7 200 m avant de redescendre au camp de base.
Dimanche, le temps était bien bouché et ne semblait pas vouloir s'améliorer dans les prochains jours.
Lundi, Peter, le leader allemand de l'expédition qui se trouve avec moi au camp de base, est quand même monté à 7 200 m sur la voie Cesen pour poser un camp, ce qui sera bien utile.
La voie Cesen est superbe ; elle est juste à côté de l'itinéraire que j'aimerais ouvrir ; c'est idéal pour le visualiser. Le seul souci vient de la neige, sinon c'est fantastique. La face est vraiment immense, les paysages sont magiques. Les jours où on peut grimper, c'est superbe.
Mon programme pour les jours suivants : j'aimerais remonter dans la face dès que possible. Il y a deux options possibles : soit je commence à repérer la voie prévue, soit je continue dans la voie Cesen pour monter poser un camp vers 7 800 ou 7 900 m, passer la nuit et poursuivre l'acclimatation. Tout cela dépend bien sûr de la météo qui, pour l'instant, est plutôt instable".

Objectif 8 000 mètres
Vendredi 6 juillet 2001

La météo capricieuse perturbe la préparation de Jean-Christophe Lafaille. Il repartira samedi 7 juillet vers la face sud afin de parfaire sa préparation en atteignant les 8 000 m.
Jean-Christophe est redescendu au camp de base hier (jeudi 5 juillet). L'instabilité météo ne lui a permis de grimper que mercredi. Après avoir passé la nuit au camp 1, à 6 000 m d'altitude, le vent et la neige l'ont contraint à redescendre.
Si le temps s'améliore comme prévu, il repartira samedi 7 juillet vers la face pour monter directement au camp 2 à 6 800 m. Du 8 au 10 juillet, il devrait atteindre 7 300 puis 8 000 m et terminer son acclimatation
Si ce programme est respecté, les premières tentatives d'ascension débuteront vers le 14 juillet.
L'itinéraire envisagé, en pleine pente, est pour l'instant trop chargé de neige pour espérer en sortir indemne. Le retour du soleil peut cependant très rapidement améliorer les conditions nivologiques.
L'ambiance semble au beau fixe au camp de base. On en veut pour preuve la photo que nous fait parvenir Jean-Christophe : Javid le cuisinier de l'expédition, saisi par l'inspiration, interprète quelques chants hunza en s'accompagnant de la flûte.

Récupération avant l'assaut
Mercredi 11 juillet 2001

La phase d'acclimatation à la très haute altitude est terminée pour l'himalayiste français Jean-Christophe Lafaille, encouragé par ses amis et partenaires, dans sa tentative de conquête du K2 : il se relaxe au camp de base avant de repartir à l'assaut aux environs du dimanche 15 juillet.
C'est à ce moment-là qu'il optera pour l'une des deux solutions envisagées : soit reprendre la "voie Cesen", déjà explorée entre le 21 juin et le 9 juillet, dans le cadre de son programme calculé pour s'acclimater, et finir l'ascension, soit tenter l'ouverture d'une voie vers le sommet, donc sur un parcours totalement vierge. Les conditions météo seront décisives. Après quatre jours de grand beau temps, le ciel s'est couvert et le vent souffle sur le K2. Les hautes parois sont couvertes d'une grosse couche de "neige à gobelets" (voir encadré). La neige a été plutôt rare en hiver et celle qui reste a été soumise à de fortes amplitudes de température. Souvent, la jambe s'enfonce jusqu'à la roche dans cette neige soufflée qui transforme l'escalade en reptation. La progression est fatiguante, physiquement et nerveusement. La période de récupération prévue au camp de base est aussi celle de la concentration : il faut prendre la mesure du risque.
Sur cette "voie Cesen" qu'il trouve très belle et très aérienne, Jean-Christophe a déjà posé 3 camps à 6  000, 6 800 puis 7 200 m et atteint lundi 9 juillet l'altitude de 7 600 m (voir ses différentes positions sur la photo "
L'essentiel du travail a déjà été accompli jusqu'à 1 000 m du sommet et, si tout va bien, le reste de l'ascension serait l'affaire d'une journée.
La voie directe que Jean-Christophe rêve d'ouvrir se situe plus à l'ouest (à gauche sur la photo " mais, là, c'est l'inconnu. Tout reste à faire sur cet itinéraire qu'il a repéré de loin et qui devrait lui prendre 3 à 5 jours (montée et descente comprise), avec une tente de bivouac ultra-légère et juste ce qu'il faut de nourriture et de gaz. La recette du succès : rapidité et légèreté.
C'est tout l'inverse auquel il est donné d'assister ces jours-ci avec une expédition coréenne de quelque 18 membres. Celle-ci s'est lancée dans la "voie normale" (plus à l'est, donc à droite sur la photo ) avec pose de cordes fixes et recours à l'oxygène dès 7 000 m. Pour les Allemands, Espagnols, Italiens, Tchèques et un autre Français présents aussi au camp de base, cette méthode, jugée d'une autre époque, est le contre-exemple de la "technique alpine" dont Jean-Christophe est un adepte.
Ce mercredi soir, tous les cuisiniers et aide-cuisiniers du camp de base se réunissaient au motif de fêter la date de naissance de l'Aga Khan : gastronomie et ambiance festive pour un Jean-Christophe très motivé !

Vite au sommet !
Jeudi 19 juillet 2001
Ca y est ! Le beau temps est revenu sur le K2. Jean-Christophe Lafaille peut enfin se lancer à l'assaut du deuxième plus haut sommet du monde (8 611 m) qu'il espère conquérir le dimanche 22 juillet (voir l'interview vidéo relative à ses attentes).
Le départ du camp de base est fixé ce vendredi à 4H30 (3 heures de plus qu'en Rhône-Alpes). Son premier objectif : atteindre le camp II qu'il a installé à 6 800 m. Samedi soir, il devrait dormir vers 7 800 ou 7 900 m. Il lui restera environ 700 m de dénivelée qui ne sont pas gagnés. Le moral est excellent et la seule inconnue reste l'état de la neige sur l'ensemble du parcours.
De tous les grimpeurs présents au camp de base à cette époque de l'année, Jean-Christophe est le seul à être monté aussi haut, c'est-à-dire vers 7 900 m, dans sa phase de repérage et d'acclimation, tant les conditions de neige étaient médiocres, une neige à gobelets, dangereuse et surtout épuisante.
La météo défavorable l'avait bloqué pratiquement une semaine au camp de base, véritable "trou noir" où il neigeait encore mercredi. "Même quand il n'y avait pas de précipitations au camp de base, le K2 restait bouché par un gros nuage". Mais la journée de jeudi, nous a-t-il dit, a été "splendide" et réconfortante. "Le moral est remonté en flèche". Son routeur météo l'a rassuré à distance en lui confirmant la bonne probabilité d'une lucarne de beau temps, mais aussi d'une dégradation progressive à partir du 23 juillet. Il fallait donc faire vite. Jean-Christophe a sagement renoncé à l'ouverture d'une voie directe en solo sur la face sud car "l'itinéraire prévu présente trop de risques de plaques à vents dès 7 000 m d'altitude". "Un peu déçu", il a préféré reprendre la "voie Cesen" qui rejoint la fin de "l'arête des Abruzzes" et la voie historique de la première ascension. Outre la mauvaise neige, il rencontrera vers 8 400 m un dernier passage délicat, au "col de la bouteille", qu'il faut franchir le plus vite possible car situé sous un énorme sérac, véritable épée de Damoclès.
Si tout se passe bien, en atteignant le deuxième plus haut sommet du globe (8 611 m), qui passe aussi pour l'un des plus difficiles, Jean-Christophe aura gravi son septième sommet de plus de 8 000 : une belle étape dans son projet d'être le premier Français à conquérir les quatorze 8 000 en technique alpine, c'est-à-dire sans cordes fixes et sans oxygène.
Vendredi, il fera tandem avec l'alpiniste italien (sud-tyrolien) Hans Kammerlander, sans être encordé avec lui autrement que par le soutien moral que deux grands alpinistes et himalayistes peuvent s'accorder mutuellement. "C'est la troisième fois qu'il vient sur le K2, pour la troisième année consécutive. Il est très motivé. Ce serait son treizième 8 000, il n'a pas encore réussi le K2". Hans Kammerlander a 45 ans. C'est dire que Jean-Christophe a encore tout le temps de remplir son contrat.