Onze 8000 vaincus !
Préparation
COMMENT PREPARE-T-ON UNE "PREMIERE" DANS LE K2 ?
Jean-Christophe Lafaille commente les points-clés de sa préparation, dans une interview recueillie le 29 mai 2001, dix jours avant son départ.

Concrètement, comment se prépare-t-on à tenter une " première " dans le K2 ?

Déjà, mentalement, le projet doit mûrir. Ensuite, j'ai lu et relu beaucoup de récits, regardé beaucoup de photos, eu beaucoup de contacts par e-mail ou par téléphone pour recueillir les sentiments de différents grimpeurs qui ont pu aller sur cette montagne. Il y en a un qui y repart cette année, que je vais côtoyer, unEspagnol, Pepe Garces, qui a déjà tenté deux fois le K2. J'ai eu des infos par Ed Wister, un Américain, par Agostino Da Polenza, le responsable de l'expédition des Italiens, avec qui j'étais parti au Lothse en 1997. On se connaît vraiment bien. J'obtiens ainsi des informations qui paraissent anodines, sur l'exposition, sur les risques d'avalanches. L'Italien a déjà fait le sommet une fois à partir du versant chinois il y a pas mal d'années, ensuite il était avec Chamoux l'année où Chamoux a fait le K2, et il y est retourné en 1996… Je vais essayer de revoir Jean Afanassief, qui a fait deux tentatives sur la face sud, avec Doug Scott.




La logistique est-elle contraignante ?

La logistique est très légère grâce à l'agence Focus, qui me dégage des soucis administratifs, qui pré-digère beaucoup de choses… C'est avec eux que j'étais parti en 1996 aux Gasherbrum et, en 2000, au Manaslu… Je crois quà l'heure actuelle, il n'y a qu'eux qui font cela dans le monde, en tout cas aussi bien. Et après, le nerf de la guerre, c'est toujours de trouver le financement pour partir. Le permis pour le K2, c'est entre 12 000 et 15 000 dollars et, couplé avec le Broadpeak, c'est 21 000 dollars. Donc, il vaut mieux partager les frais. Je paye une quote-part du permis, car d'autres personnes feront la marche d'approche jusqu'au camp de base, plus la logistique sur place.

A quoi a ressemblé ta préparation physique ?

Je n'ai pas eu tellement d'activités de montagne cette année. On a eu un hiver très rude ici. J'ai fait neuf jours dans la face des Drus, en fait 10 jours dans la neige et le froid, et pas mal de sorties avant, mais au total très peu de montagne. Depuis les Drus, où je me suis blessé aux mains, je n'ai pas refait de choses dures.

J'ai mis l'accent sur une préparation purement physique à base de course à pied et de vélo en restant très loin de la haute montagne. J'ai fait des endurances moyennes et longues, plus de vélo que les autres années pour gagner un peu en puissance au niveau des jambes. Je suis un petit gabarit, ce qui convient très bien pour grimper, pour le rapport puissance-oxygénation, mais par contre j'ai du mal à porter des sacs de 10-15 kilos. Je ne voulais pas saturer mentalement en faisant des courses en haute montagne.En ce moment, je pourrais y être mais je n'ai pas voulu, et puis la famille, et tout… Cela a été un choix cette année. Je vais peut-être faire un ou deux Mont-Blanc avant de partir, si je trouve le temps.

En quoi consistent les séances d'entraînement en vélo et à pied ?

Le vélo, ça veut dire entre 2 H et 4 H d'efforts en VTT mais sur route, car j'avais mal aux poignets. Je fais des cols, en partant de la maison, et je vais du côté suisse où il y a plein de trucs. Ca fait des sorties jusqu'à 2 500 m de dénivelée. A des fréquences variables. En course à pied, je sors entre une heure et demie et deux heures, en partant de chez moi. Je fais beaucoup de vallonnements : monter, descendre, remonter.

Et si tu vas sur le Mont-Blanc ?

Le Mont-Blanc, je le fais en peaux de phoque : Mont Blanc du Tacul, Mont Maudit et Mont-Blanc, comme l'été, sauf que tu utilises les skis, en pateaugeant un peu. Tu chausses, tu déchausses… C'est super-joli, ça.