Les communiqués de Katia
Objectif 8 091 mètres
Lundi 02 avril 2002
Suite à un changement de dernière minute sur un vol, Jean-Christophe est finalement parti le 1er avril afin d’arriver à Katmandu le 2 Avril à 12h00, heure locale !
Avec le Népal, nous avons un décalage de 3h45 en plus pour la France, le 2 avril à 12h00, il était donc pour nous 08h15.
La saison au Népal est plus avancée qu’ici en France, la température moyenne étant de 22/25° voir 30° avec des orages, parfois violents, le soir.
Jean-Christophe a rencontrer l’himalayste américain Ed Viesturs avec lequel il partagera son permis d’ascension sur l’Annapurna, il y aura également Veikka, un finlandais, qui fait cordée avec Ed et un groupe de trois alpinistes Basques.
Depuis son arrivée sur le sol Népalais, il fait beau…
Les prévisions météorologiques sont mauvaises à partir du lundi 8 jusqu'au jeudi 11 avril, au moins, avec des pluies et orages.
Après avoir terminé ses derniers préparatifs (vérification de son matériel sur place, derniers achats, passage au Ministère du Tourisme, etc…) il était prévu que Jean-Christophe quitte, avec les autres membres de l’expédition, Katmandu le 6 avril pour se rendre en avion à Pokara. Suite à une grève son départ a été décalé au lendemain…
De Pokhara, il poursuivra sa route en car jusqu’à Birethanti puis commencera un trek de trois ou quatre jours avant d’atteindre le camp de base de l’Annapurna situé à une altitude d’environ 4200 mètres.
Il a hâte de quitter Kathmandu ,la chaleur lourde et le brouhaha du quartier très touristique de " Thamel "
Il est surtout impatient de redécouvrir, pour la quatrième fois, ce monstre…, la face sud de l’Annapurna 8091 mètres, " la montagne des montagnes " large de 12 kilomètres et haute de 3000 mètres…
La face sud de l’Annapurna est le versant le plus technique des sommets de plus de 8000 mètres…
D’après les informations que Jean-Christophe a pu obtenir sur place, la montagne est assez enneigée. Il est préférable de ne pas avoir trop de neige sur ce type de face car :
- Le risque d’avalanche est plus important.
- L’on fournit un effort physique plus intense dans l’ascension, on se fatigue donc plus vite
L’expérience, la sagesse et la maturité de Jean-Christophe Lafaille sur les plus hautes montagnes du monde, lui permettront d’optimiser au mieux sa stratégie d’acclimatation et d’ascension !
Le feeling est le moral sont toujours au beau fixe !
A bientôt pour la suite des news…
Pour plus d'informations, rendez-vous sur :
http://www.annapurna2002.com
Katia Lafaille
Communiqué du 17 avril 2002
Jean-Christophe Lafaille est arrivé ce vendredi 12 avril au camp de base de l’Annapurna. La montagne est enneigée et le camp de base l’est également.
Le dimanche 14 avril Jean-Christophe et les autres membres de l’expédition ont commencés leurs acclimatation sur la grande arête Est. Ils sont allés déposer du matériel vers 5000 mètres d’altitude. Ils ont fixés environ 200 mètres de corde sur un éperon rocheux afin de gagner du temps à la descente mais également à la montée en s’aidant d’une poignée autobloquante appelée aussi " Jumard".
Lundi 15, repos au camp de base toute la journée.
Mardi 16 départ tôt le matin en direction du camp 1 qu’ils installent à 5400m. Ils passeront la nuit à ce camp pour retourner au camp de base le lendemain mercredi 16 avril.
Pour l’instant la météo est toujours stable, beau temps…, la seule chose un peu ennuyeuse c’est qu’il y a beaucoup de vent, en moyenne 80/100 km/h de vent entre 7000 et 8000m !
Pour l’instant ce n’est pas gênant, il n’a pas encore atteint l’arête…
Cet itinéraire comporte une partie très technique, dans la face Sud, entre 5500m et 6500m d’altitude, puis une très longue arête de 7,5km entre 7000m et 8091m avec un dernier passage technique aux alentours de 8000m…
Toute la difficulté de cet itinéraire se situe sur cette grande arête. L’organisme humain, n’est pas fait pour rester à ces hautes altitudes. Au dessous de 7000 mètres déjà l’individu se dégrade, se fatigue, cette arête est immensément longue et justement à ces altitudes critiques…, lorsque le sommet est atteint, il faut rentrer et refaire le chemin en sens inverse…
Une bonne stratégie et plusieurs conditions doivent être réunies pour réussir cette ascension :
une stabilité météorologique de plusieurs jours, pas trop de vent, de la résistance physique, moral, bien connaître son corps, être rapide.
Pour la première partie technique (env.1000m dans la face Sud) il faut pas trop de neige afin de réduire le risque d’avalanche.
L’avantage de cet itinéraire, est qu’il est moins exposé aux dangers objectifs (chutes de sérac, avalanches, chutes de pierre) à partir de 7000m.
Je suis très confiante, Jean-Christophe est très motivé par cette expédition, il a une grosse expérience himalayenne, il connaît bien l’Annapurna et pour cause…, il est bien préparé physiquement, il est fort dans sa tête, il est très technique et même en haute altitude il est incroyablement rapide !
A lui seul, il réunit les conditions pour mener cette expédition avec succès et sagesse. Le plus gros doute sont les conditions météorologiques !
A très bientôt !
Communiqué du 22 avril 2002
Petite rectification de mon dernier communiqué ! je vous annonçais que Jean-Christophe redescendais du camp 1 à 5400 m au camp de base le mercredi 17 avril. En fait, il a passé une seconde nuit à ce camp 1 et n’est redescendu au camp de base que le jeudi 18 avril.
Donc, le mercredi 17 avril, Jean-Christophe continue d'équiper l'éperon rocheux avec des cordes fixes au-dessus du camp1.
Cet éperon rocheux est haut de 1000 m, il démarre à une altitude de 5400 m et termine à 6400 m. Environ 800 m de corde fixe (type Dyneema de chez BEAL) a été installée sur cet éperon.
Jean-Christophe m'expliquait qu'il faisait du dry tooling (cela consiste à grimper sur du rocher avec des piolets et des crampons) à plus de 5000 m d'altitude pour gravir cet éperon avec ses piolets "Charlet-Moser".
Le lendemain, jeudi 18 avril Jean-Christophe équipe l'éperon avec les cordes fixes jusqu'à 6100 m et ensuite retour au camp de base à 4200 m.
Vendredi 19 et samedi 20 avril, repos au camp de base.
Dimanche 21, direction camp1 à 5400 m et nuit à ce camp.
Lundi 22, montée au camp 2 qu'ils installeront à 6500 m. Deux nuits sont prévues à ce camp, celle du lundi 22 et mardi 23 avril. Durant ces deux jours, ils monteront jusque vers 6800 m 7000 m mais passeront les nuits au camp 2.
Mercredi 24 avril, retour au camp de base et repos.
Jean-Christophe est content, il a un très bon feeling, les sensations physiques et mentales sont excellentes.
Il a trouvé l'escalade de cet éperon très belle, il "s'éclate" en faisant du dry, en plantant ses pitons, en bidouillant....
Question "Timing", ils sont très bien, d'autant plus que la partie la plus technique de l'ascension est équipée maintenant avec des cordes fixes.
Question "météo", il y a toujours du vent, sauf sur deux jours ou l'air est plus calme..., avec globalement du beau temps.
Si l'ascension continue à se dérouler ainsi, la première tentative vers le sommet aura lieu au début du mois de mai avec un départ du camp de base pour le sommet, vers le 2/3 mai. Il faut ensuite compter environ 6/7 jours pour faire le sommet et retourner au camp de base.
Si la situation au Népal ne se dégrade pas trop..., je partirais rejoindre Jean-Christophe au camp de base de l'Annapurna le 10 mai..., j’espère que l’on pourra fêter l’ascension de l’Annapurna !
La réussite de ses performances et sa stratégie d'ascension aujourd'hui sur l'Annapurna, se porte aussi sur le choix de son équipement et des fabricants avec lesquels il travaille. Ils répondent à des exigences très pointues et d'une importance capitale pour la réussite des exploits de Jean-Christophe. Il suffit qu'un des produits utilisés ne répondent pas aux exigences pour faire échouer une ascension voir mettre en danger Jean-Christophe. On ne pense pas toujours à ces paramètres, c'est pourquoi je me permets d'aborder ce point primordial à travers ce communiqué de presse.
En ce moment il utilise un ensemble (veste+pantalon) K2 de chez MILLET, leader français, avec les nouvelles révolutions du leader mondial de la protection : GORE-TEX, et son "Raptor 3c".
Aux pieds, il utilise les incontournables AFS "Ottomila" de chez ASOLO équipées des incontournables semelles VIBRAM.
Le matériel technique (casque, baudrier, mousquetons, piolets tractions, broches à glace, crampons, etc...) est exclusivement du matériel d'un leader dans le domaine puisqu'il s'agit de PETZL et de CHARLET-MOSER, pour la corde un autre leader : BEAL avec lequel Jean-Christophe travaille depuis 15 ans (15 ans également de collaboration pour Jean-Christophe avec Petzl et Charlet-Moser).
Pour les duvets, Jean-Christophe a découvert l'été dernier durant son ascension au K2 les produits LESTRA SPORTS dont il a été de suite satisfait et pour cause, il part exclusivement avec des duvets LESTRA SPORTS... sur cette ascension au K2 l'été dernier, il a également découvert les lunettes JULBO, protection maximale, super look, technique, légère, polyvalente, etc... il utilise ces produits JULBO dans ses entraînements, en montagne, en haute altitude, en ville... la "très" large gamme répond aux différentes utilisations...
Un grand merci à ces fabricants qui travaillent d'arrache-pied toute l'année afin de répondre aux exigences les plus pointues de Jean-Christophe.
Donc à très bientôt....
Communiqué du 29 avril 2002
Jean-Christophe Lafaille est redescendu au camp de base de l’Annapurna le jeudi 25 avril afin de se reposer après plusieurs jours d’acclimatation en altitude !
Il est content de sa forme et de sa progression… il a pu monter jusqu'à 7000 mètres d’altitude avant de redescendre dormir au camp 2 à 6500m.
Les conditions météorologiques sont bonnes mais l’aérologie est toujours aussi forte… à ce stade de l’acclimatation cela devient très ennuyeux !
D’après Jean-Christophe, l’itinéraire qu’il emprunte et l’un des plus beau endroit en Himalaya qu’il a pu explorer…
Le programme des jours suivants est le suivant :
Lundi 29 avril, Jean-Christophe monte au camp 1 à 5400m.
Mardi 30 avril, montée au camp 2 à 6500m.
Mercredi 1er mai, montée au camp 3 et installation du camp 3 situé à 7200m.
Jeudi 2 mai, nouvelle nuit au camp 3.
Vendredi 3 mai, descente du camp 3 en direction du camp de base.
Ensuite, environ 4 jours de repos au camp de base avant de faire des tentatives en direction du sommet !
C’est mon avant dernier communiqué car je pars rejoindre Jean-Christophe au camp de base de l’Annapurna le jeudi 9 mai…, il sera dans ses tentatives sommitales, je serais dans l’avion et sur le trekking qui m’amènera au camp de base que je pense rejoindre vers le 15 mai.
Bonne semaine et à bientôt !
Communiqué du 06 mai 2002
Le lundi 29 avril Jean-Christophe est resté au camp de base, il neigait... le mardi 30 avril, il a essayé de monter au camp 1 mais le mauvais temps est revenu très vite dans la matinée... donc retour au camp de base.
Mercredi 1 et jeudi 2 mai toujours au camp de base car il fait mauvais temps...,
Finalement, jean-Christophe a quitté le camp de base pour monté au camp 1 le vendredi 3 mai. Il passe la nuit à ce camp.
Le lendemain, samedi 4 mai, il est monté au camp 2, il y passera la nuit.
Dimanche 5 mai, il monte jusqu'à 7100 mètres d’altitude… il installera un camp 3 " provisoire " à cet endroit.
La neige tombée ces derniers jours à empêché Jean-Christophe d’atteindre l’endroit ou il souhaitait installer le camp 3 vers 7300 m d’altitude. Ce n’est pas grave, il espère bien l’installer le lendemain, lundi 6 mai…
Il envisage encore une nuit à ce camp 3 " définitif " avant de retourner au camp de base pour se reposer quelques jours avant de tenter le SOMMET !!!
Sa phase d’acclimatation est maintenant presque terminée…
Il est très en forme physiquement et mentalement et surtout toujours très très motivé par cette ascension !
Je vous transmettrais les toutes dernières news, ce mercredi 8 mai, avant de monter dans l’avion pour rejoindre Jean-Christophe…
Communiqué du 11 mai 2002
Bonjour,
Voilà les toutes dernières nouvelles de l’Annapurna !
Jean-Christophe est redescendu au Camp de base de l’Annapurna le mardi 7 mai dans la journée.
Il a pu, comme il le souhaitait, installer un meilleur camp 3 à 7300m d’altitude.
Il se sent très en forme, il est vraiment bien…
Les conditions sur place sont assez bonnes…, il neige quand même tous les jours 15 à 20cm en altitude, cela rend l’ascension plus pénible…, il refait chaque fois la trace pour progresser… même s’il fait beau, l’après-midi il neige…
Question aérologie : lorsque Jean-Christophe a voulu installer un bout de corde fixe sur une partir " pas terrible " de cette arête Est, il a été chassé par un vent tempétueux…, il y a toujours du vent !
Il semble se dessiner un créneau " sans vent " que Jean-Christophe va essayer d’exploiter avec une bonne stratégie d’ascension.
A partir du dimanche 12 et jusqu’au mercredi 15 mai une accalmie aérologique se profile.
L’aller et retour sur cette itinéraire très très long lui prendra (départ camp de base-retour camp de base) 5/6 jours !
Lorsqu’il sera sur cette arête de 7,5 km (aller après il faut la faire dans le sens retour, ce qui fait 15 km !), il est impératif que le vent ne se lève pas, il s’engage totalement, pas d’échappatoire… voilà, entre autre, pourquoi il est nécessaire d’avoir une bonne coordination et une bonne stratégie d’ascension.
Sa phase d’acclimatation est maintenant terminée, il se repose au camp de base et le quittera pour le sommet en fin de semaine probablement… nous attendons les dernières prévisions météorologiques afin d’optimiser ce dernier " run " sur l’ANNAPURNA 8091m.
A bientôt et bon long week-end……
Katia Lafaille
Communiqué du 15 mai 2002
Bonjour,
Me voila au camp de base de l'ANNAPURNA...
Bizarre de vous donner des nouvelles d'ici aujourd`hui..
Je suis arrivee a Katmandu le 10 mai a 14h00, j'ai pu prendre le dernier avion local Kathmandu - Pokhara de la journee juste juste a 15h00, a Pokhara apres env.30 minutes de vol, mon porteur et un guide Nepalais m'attendaient avec un taxi. Nous avons ensuite parcouru 50 km sur des petites routes avec la conduite a la Nepalaise... afin d'arriver a Naya Pul, la ou commence le trek.
Nous avons marches env.30 minutes sous la pluie jusqu'a Birethanti avant de s'arreter pour la nuit, enfin, dans un lodge... bonne journee...
Le 11 au matin, j'attaque le trekking avec une forme physique incroyable... j'ai mis deux jours pour arriver au camp de base alors qu'il faut, en marcher bien, 4 jours et demi... un truc bizarre, j'etais comme magnetisee par les lieux... je sentais le besoin egalememt de Jean-Christophe de savoir que je me rapproche de lui... meme si il etait deja parti depuis trois jours pour tenter le sommet... quel bonheur pour lui et pour moi lorsque a mon arrivee nous avons pu nous parler en radio...il etait tellement heureux que je sois la pas loin de lui pour le reconforter, l'encourager, etre sa confidente...
Il a donc comme prevu quitter le camp de base pour le sommet le 11 mai afin de monter au camp 1, le 12 il monte au camp 2, le 13 il atteint le camp 3... aujourd'hui le 14 mai il a attaque la grande et longue arete Est... La meteo est bonne au dessus de 7000 metres au dessous nous sommes dans des nuages avec un peu de pluie par momemt mais rien de mechant.
Pour rejoindre l'arete les conditions etaient tres dangereuses mais maintenant les conditions de neige sont bonnes, elles sont comme il l'avait envisage... neige dure. Il fait equipe avec un des basques qui a bien la forme, l'autre basque qui devait monter pour le sommet est redescendu cet
apres midi au camp de base car il n'etait pas bien dans sa tete pour se lancer sur cette grande arrete... Ed viesturs et Veikka vont probablememt redescendre au camp de base demain car ils sont trop lents, le creneau sans vent ne va pas durer longtemps et a partir de vendredi 17 mai le vent va forcir progressivement,Jean-Christophe pense faire un bivouac a 8000m demain soir sous le sommet central juste avant le dernier passage technique de la voie... il doit fouler le sommet de l'ANNAPURNA normalememt le jeudi 16 mai au matin... je suis tres emue, j'ai la face sud de l'Annapurna devant moi, je redige mon communique mais il y a aussi la femme qui essaye de gerer au mieux ses emotions... pas facile... je croise tres fort les doigts pour qu'il atteigne ce maudit sommet... je l'accompagne dans ces momemts si forts, nous pouvons nous parler deux fois par jour...je suis en direct avec lui...BONNE CHANCE ....
Katia Lafaille.
PS:Pour la suite, il voulait gravir le Dhaulagiri mais les previsions meteo et l'avance de la saison sur la mousson ne permettera pas a Jean-Christophe de realiser ce projet
Communiqué du 23 mai 2002
Ascension de l’Annapurna réussit le jeudi 16 mai à 10 heures locale (Népal)
Bonjour,
Me voici arrivée a Kathmandu depuis 2 jours... j'ai plus facilement accès à l'internet et à l' E-mail que sur le Cap de base de l'Annapurna...
Ce 16 Mai 2002 a 10h00 (heure Népalaise), Jean-Christophe a foulé le sommet de l'Annapurna 8091m. en compagnie d'un Basque avec qui il a fait cordée !
Cette réussite est une "première mondiale" puisque après la premiere ascension du Suisse Erhard Lorethan en 1994 en aller simple sur l'arête Est avec un retour par la face Nord de l'Annapurna, cette arête n'a pas été répétée et elle n'a jamais été gravie en aller et retour...
Beaucoup beaucoup d'incertitudes, de peurs, d'engagement et de fatigue durant cette ascension...
Beaucoup de chose a raconter aussi...
Vous découvrirez les premieres images et le premier recit de Jean-Christophe, sur cette montagne incroyable, en exclusivite dans le magazine Paris Match d'ici quelques jours...
Après la sortie du magazine, vous pourrez visualiser sur notre site une galerie photo des plus belles images de cette 'Première Mondiale' très très aérienne...
A bientôt
COMMUNIQUE DU 10 JUIN 2002
Camp de base de l’Annapurna, 16 Mai 2002 10h00 du matin la radio grésille, j’entends Jean-Christophe Lafaille crier sa joie au sommet de l’Annapurna !!!, l’émotion est forte nous pleurons tous les deux…
1992 : Jean-Christophe age de 27 ans part avec Pierre Beghin pour la face Sud de l’Annapurna ; c’est sa première expérience himalayenne… vers 7500 mètres d’altitude Pierre et Jean-Christophe décident de redescendre dans la tempête qui c’est déchaînée la veille au soir et qui ne faiblit pas. Au moment d’engager la descente en rappel, le " Friends " sur lequel était pendu Pierre " cède " et c ‘est la chute dans l’abîme de la face Sud sous les yeux de Jean-Christophe terrifié et soudain perdu dans cette immensité de solitude…
Sa descente vers le bas, vers la vie dura cinq jours avec un bras cassé par une chute de pierre, sans matériel, dans une face raide et 2000 mètres à redescendre…
1995 : Jean-Christophe décide de retourner en solitaire sur cette face Sud de l’Annapurna par l’éperon " Bonnington ". A 300 mètres de dénivelé du sommet, il décide de redescendre toujours à cause des conditions météorologiques instables…
1998 : Jean-Christophe retourne encore sur la face Sud de l’Annapurna par l’éperon " Bonnington ", mais cette fois-ci avec trois autres compagnons de cordée. La montagne est très enneigée, sous le camp 1 à 5700 mètres d’altitude un accident se produit : Quatre sherpas sont emportés dans une avalanche, l’un d’eux y laissa la vie…
Jean-Christophe avait dit : Plus jamais l’Annapurna, plus jamais cette " maudite " montagne… trop de morts, trop d’accidents, trop de souvenirs…
Après 1998, il gravira au printemps 2000 le Manaslu (8163m.), en 2001, il atteindra le sommet de la montagne des montagnes, le K2 (8611m.), deuxième plus haut sommet du globe…
2002 : Une possibilité de partager un permis pour la face sud de l’Annapurna se présente. L’américain Ed Viesturs, qui a déjà gravi douze des quatorze plus hauts sommets de 8000 mètres, est le leader de cette expédition. Jean-Christophe et Ed rentrent en contact via le net et l’e-mail. Le feeling de Jean-Christophe sur l’équipe est bon, il se sent prêt à retourner sur cette montagne pour la quatrième fois… 10 ans se sont écoulés entre sa première tentative sur l’Annapurna et aujourd’hui…
Jean-Christophe voulait gravir la face Sud par un nouvel itinéraire en solitaire, les conditions de la face Sud n’étant pas bonnes, il s’adapte à ce changement et se joint aux autres pour gravir l’Annapurna par son immense arête Est… 7,5 km d’arête à partir de 7500 mètres d’altitude jusqu’au sommet (8091m.)…
La première et unique ascension de cet itinéraire a été réalisé en 1984 par les Suisses Erhard Lorethan et Norbert Joos. Ils redescendront du sommet par l’itinéraire historique sur le versant Nord.
Le 8 avril, Jean-Christophe arrive au camp de base de l’Annapurna situé à 4200m d’altitude.
Il redécouvre la face Sud de l’Annapurna et constate tout de suite que son projet sur la face Sud est inenvisageable : Trop de glace et trop sec par endroit. C’est pas grave, la grande arête Est est un très bel itinéraire, pas très technique mais très esthétique…
Sur le permis d’ascension, il y a trois basques, un américain, Ed Viesturs le leader qui fait équipe avec Veikka un Finlandais et Jean-Christophe.
Trois camps sont installés sur cet H?itinéraire : Le camp 1 à 5400m, le camp 2 à 6400m et le camp 3 à 7000m.
Cinq semaines plus tard, Jean-Christophe n’aura pas dépassé 7300 mètres d’altitude dû a un vent d’enfer… pas d’accalmies depuis son arrivée au camp de base, en moyenne 100/160 km/h de vent à 8000 mètres… Jusqu’à 7000 mètres d’altitude selon les jours, il était protégé du vent mais dès qu’il arrivait sur l’arrête vers 7300 mètres, il lui était impossible de progresser au-delà…
J’étais en contact avec un ingénieur météo, spécialiste des prévisions sur les expéditions au Népal, qui me donnait le bulletin du jour. Il s’inquiétait également de ce vent sans accalmies depuis plusieurs semaines déjà… Et puis un créneau se profile, une accalmie enfin… du beau temps au dessus de 7000 mètres d’altitude… Jean-Christophe élabore de suite sa stratégie d’ascension avec ses trois jours sans vent afin d’optimiser au mieux ce créneau…
Trois jours… le calcul est rapide, Jean-Christophe évalue le temps qu’il lui faudra pour aller au sommet et rentrer au camp de base… environ 8 jours… il faut impérativement qu’il ait fait le parcours sur l’arête Est sur les trois jours sans vent, sinon le piège se referme sur lui…
L’arête Est en aller et retour… soit 15km au total dans la zone de la mort entre 7500 et 8091m… c’est incroyablement long mais surtout extrêH?mement " engagé "… si le vent se lève aucun échappatoire… il devient la proie de l’Annapurna…
Sa décision est prise, avec les autres membres de l’expédition, il quitte la camp de base le 11 mai au matin afin d’arriver au camp 1 à 5400m, le 12 il arrive au camp 2 à 6400m, le 13 au camp 3 à 7000m. Ce même jour j’arrive au camp de base de l’Annapurna afin d’être encore plus proche de Jean-Christophe dans cette ascension… le 14, il s’engage sur cette arête avec un des basques, Alberto Innurategi (qui en est à son treizième sommet de plus de 8000 mètres, l’Annapurna est le dernier à gravir pour lui), les autres membres de l’expédition choisissent d’abandonner cette ascension et de rentrer au camp de base…la longueur de l’arête, son engagement et les conditions de neige dangereuses au passage du Roc Noir les décident à prendre cette décision difficile.
Plus que deux alpinistes engagés sur cette immensité…, nous pouvons nous parler en radio avec Jean-Christophe : C’est super et à la fois déroutant d’être aussi proche et en même temps aussi loin… Il trouve magnifique cet itinéraire mais long, très long…
Le 14 Mai au soir, ils installent un bivouac sur l’arête vers 7400m d’altitude.
Le 15 Mai, ils poursuivent leur ascension sans trop de difficultés techniques, déjà cinq jours qu’ils sont partis du camp de base, ils sont fatigués et le moral sur cetH?te arête qui semble interminable en prend un coup par moment… Le soir, ils installent leur bivouac à 7900m d’altitude sous le sommet Est… Nous nous parlons en radio, Jean-Christophe est proche du sommet mais il doute, la météo annonçait pas de vent alors qu’ils ont eu 50/60 km/h de vent régulier toute la journée…, je lui redonne le dernier bulletin qui annonce pas de vent pour le 16 Mai et le retour progressif du vent dans la journée du 17…, Jean-Christophe n’est pas certain d’avoir quitté l’arête le 17…., il hésite, il doute… une heure plus tard on refait une vacation radio, ils décident de poursuivre leur ascension vers le haut… vers cet Annapurna qu’ils toucheraient presque de là où ils sont…
16 Mai, la fatigue est omniprésente mais la concentration et la vigilance à leurs paroxysmes…D’après le récit de Erhard Lorethan, il y a encore un passage technique avec un rappel à 8000 mètres d’altitude. Les conditions ne sont pas terribles : Pas de neige, du rocher de mauvaise qualité… Jean-Christophe, grand technicien ( heureusement ), se lance dans la méthode du " Dry Tooling " dans ce chaos de rochers pourris avec ses piolets tractions…, il trouve un autre itinéraire que celui de Lorethan, rejoint le couloir raide à 7900m d’altitude de la voie historique sous le sommet de l’Annapurna… Le sommet est là, 200mètres au dessus de sa tête.. un pas…un autre pas.. il continue et arrive à 10h00 ce matin sur le sommet de l’ANNAPURNA exigu et magnifique avec une mer dH?e nuage sous ses pieds… Camp de base de l’Annapurna, 16 Mai 2002 10h00 du matin la radio grésille, j’entends Jean-Christophe Lafaille crier sa joie au sommet de l’Annapurna !!!, l’émotion est forte nous pleurons tous les deux…
Cette ascension est pour Jean-Christophe Lafaille la plus difficile qu’il ait jamais réalisé en Himalaya. Il ne c’est jamais senti aussi loin de la vie que sur cette arête trois jours durant…Il signe là une " Première Mondiale " qui ne sera, je pense, pas répétée d’ici longtemps…
C’est également le premier français sur le sommet de l’Annapurna depuis Benoît Chamoux en 1988, soit 14 ans plus tard…
Au delà de sa victoire sur lui-même par rapport à son histoire particulière avec l’Annapurna, Jean-Christophe à réalisé une ascension " exceptionnelle " qui marquera particulièrement l’histoire de l’alpinisme et de l’himalaysme au niveau international.
Jean-Christophe Lafaille fait partie des incontournables … c’est un grand Monsieur de la montagne…
Katia Lafaille