Onze 8000 vaincus !
Cho oyu  -  Shishapangma  -  Gasherbrum 1 et Gasherbrum 2  -  Lothse  -  Manaslu  -  K2  -  Annapurna -  Dhaulagiri  -  Nanga Parbat  -  Broad Peak
Annapurna - Le compte rendu de l'expédition Les communiqués de Katia
Le compte rendu de l'expédition
« Première Mondiale »

Ascension de l’ANNAPURNA 8091m par l’arête Est en aller et retour.

Camp de base de l’Annapurna, 16 Mai 2002 10h00 du matin la radio grésille, j’entends Jean-Christophe Lafaille crier sa joie au sommet de l’Annapurna !!!, l’émotion est forte nous pleurons tous les deux…
1992 : Jean-Christophe age de 27 ans part avec Pierre Beghin pour la face Sud de l’Annapurna ; c’est sa première expérience himalayenne… vers 7500 mètres d’altitude Pierre et Jean-Christophe décident de redescendre dans la tempête qui c’est déchaînée la veille au soir et qui ne faiblit pas. Au moment d’engager la descente en rappel, le « Friends » sur lequel était pendu Pierre « cède » et c ‘est la chute dans l’abîme de la face Sud sous les yeux de Jean-Christophe terrifié et soudain perdu dans cette immensité de solitude…
Sa descente vers le bas, vers la vie  dura cinq jours avec un bras cassé par une chute de pierre, sans matériel, dans une face raide et 2000 mètres à redescendre…
1995 : Jean-Christophe décide de retourner en solitaire sur cette face Sud de l’Annapurna par l’éperon « Bonnington ». A 300 mètres de dénivelé du sommet, il décide de redescendre toujours à cause des conditions météorologiques instables…
1998 : Jean-Christophe retourne encore sur la face Sud de l’Annapurna par l’éperon « Bonnington », mais cette fois-ci avec trois autres compagnons de cordée. La montagne est très enneigée, sous le camp 1 à 5700 mètres d’altitude un accident se produit :  Quatre sherpas sont emportés dans une avalanche, l’un d’eux y laissa la vie…
Jean-Christophe avait dit : Plus jamais l’Annapurna, plus jamais cette « maudite » montagne… trop de morts, trop d’accidents, trop de souvenirs…
Après 1998, il gravira au printemps 2000 le Manaslu (8163m.), en 2001, il atteindra le sommet de la montagne des montagnes, le K2 (8611m.), deuxième plus haut sommet du globe…
2002 : Une possibilité de partager un permis pour la face sud de l’Annapurna se présente. L’américain Ed Viesturs, qui a déjà gravi douze des quatorze plus hauts sommets de 8000 mètres, est le leader de cette expédition. Jean-Christophe et Ed rentrent en contact via le net et l’e-mail. Le feeling de Jean-Christophe sur l’équipe est bon, il se sent prêt à retourner sur cette montagne pour la quatrième fois… 10 ans se sont écoulés entre sa première tentative sur l’Annapurna et aujourd’hui…
Jean-Christophe voulait gravir la face Sud par un nouvel itinéraire en solitaire, les conditions de la face Sud n’étant pas bonnes, il s’adapte à ce changement et se joint aux autres pour gravir l’Annapurna par son immense arête Est… 7,5 km d’arête à partir de 7500 mètres d’altitude jusqu’au sommet (8091m.)…
La première et unique ascension de cet itinéraire a été réalisé en 1984 par les Suisses Erhard Lorethan et Norbert Joos. Ils redescendront du sommet par l’itinéraire historique sur le versant Nord.
Le 8 avril, Jean-Christophe arrive au camp de base de l’Annapurna situé à 4200m d’altitude.
Il redécouvre la face Sud de l’Annapurna et constate tout de suite que son projet sur la face Sud est inenvisageable : Trop de glace et trop sec par endroit. C’est pas grave, la grande arête Est est un très bel itinéraire, pas très technique mais très esthétique…
Sur le permis d’ascension, il y a trois basques, un américain, Ed Viesturs le leader qui fait équipe avec Veikka un Finlandais et Jean-Christophe.
Trois camps sont installés sur cet itinéraire :  Le camp 1 à 5400m, le camp 2 à 6400m et le camp 3 à 7000m.
Cinq semaines plus tard, Jean-Christophe n’aura pas dépassé 7300 mètres d’altitude dû a un vent d’enfer… pas d’accalmies depuis son arrivée au camp de base, en moyenne 100/160 km/h de vent à 8000 mètres… Jusqu’à 7000 mètres d’altitude selon les jours, il était protégé du vent mais dès qu’il arrivait sur l’arrête vers 7300 mètres, il lui était impossible de progresser au-delà…
J’étais en contact avec un ingénieur météo, spécialiste des prévisions sur les expéditions au Népal, qui me donnait le bulletin du jour. Il s’inquiétait également de ce vent sans accalmies depuis plusieurs semaines déjà… Et puis un créneau se profile, une accalmie enfin… du beau temps au dessus de 7000 mètres d’altitude… Jean-Christophe élabore de suite sa stratégie d’ascension avec ses trois jours sans vent afin d’optimiser au mieux ce créneau…
Trois jours… le calcul est rapide, Jean-Christophe évalue le temps qu’il lui faudra pour aller au sommet et rentrer au camp de base… environ 8 jours… il faut impérativement qu’il ait fait le parcours sur l’arête Est sur les trois jours sans vent, sinon le piège se referme sur lui…
L’arête Est en aller et retour… soit 15km au total dans la zone de la mort entre 7500 et 8091m… c’est incroyablement long mais surtout extrêmement « engagé »… si le vent se lève aucun échappatoire… il devient la proie de l’Annapurna…
Sa décision est prise, avec les autres membres de l’expédition, il quitte la camp de base le 11 mai au matin afin d’arriver au camp 1 à 5400m, le 12 il arrive au camp 2 à 6400m, le 13 au camp 3 à 7000m. Ce même jour j’arrive au camp de base de l’Annapurna afin d’être encore plus proche de Jean-Christophe dans cette ascension…le 14, il s’engage sur cette arête avec un des basques, Alberto Innurategi (qui en est à son treizième sommet de plus de 8000 mètres, l’Annapurna est le dernier à gravir pour lui), les autres membres de l’expédition choisissent  d’abandonner cette ascension et de rentrer au camp de base…la longueur de l’arête, son engagement et les conditions de neige dangereuses au passage du Roc Noir les décident à prendre cette décision difficile.
Plus que deux alpinistes engagés sur cette immensité…, nous pouvons nous parler en radio avec Jean-Christophe :  C’est super et à la fois déroutant d’être aussi proche et en même temps aussi loin… Il trouve magnifique cet itinéraire mais long, très long…
Le 14 Mai au soir, ils installent un bivouac sur l’arête vers 7400m d’altitude.
Le 15 Mai, ils poursuivent leur ascension sans trop de difficultés techniques, déjà cinq jours qu’ils sont partis du camp de base, ils sont fatigués et le moral sur cette arête qui semble interminable en prend un coup par moment… Le soir, ils installent leur bivouac à 7900m d’altitude sous le sommet Est… Nous nous parlons en radio, Jean-Christophe est proche du sommet mais il doute, la météo annonçait pas de vent alors qu’ils ont eu 50/60 km/h de vent régulier toute la journée…, je lui redonne le dernier bulletin qui annonce pas de vent pour le 16 Mai et le retour progressif du vent dans la journée du 17…, Jean-Christophe n’est pas certain d’avoir quitté l’arête le 17…., il hésite, il doute… une heure plus tard on refait une vacation radio, ils décident de poursuivre leur ascension vers le haut… vers cet Annapurna qu’ils toucheraient presque de là où ils sont…
16 Mai, la fatigue est omniprésente mais la concentration et la vigilance à leurs paroxysmes…D’après le récit de Erhard Lorethan, il y a encore un passage technique avec un rappel à 8000 mètres d’altitude. Les conditions ne sont pas terribles :  Pas de neige, du rocher de mauvaise qualité… Jean-Christophe, grand technicien ( heureusement ), se lance dans la méthode du « Dry Tooling » dans ce chaos de rochers pourris avec ses piolets tractions…, il trouve un autre itinéraire que celui de Lorethan, rejoint le couloir raide à 7900m d’altitude de la voie historique sous le sommet de l’Annapurna… Le sommet est là, 200mètres au dessus de sa tête.. un pas…un autre pas.. il continue et arrive à 10h00 ce matin sur le sommet de l’ANNAPURNA exigu et magnifique avec une mer de nuage sous ses pieds… Camp de base de l’Annapurna, 16 Mai 2002 10h00 du matin la radio grésille, j’entends Jean-Christophe Lafaille crier sa joie au sommet de l’Annapurna !!!, l’émotion est forte nous pleurons tous les deux…

Cette ascension est pour Jean-Christophe Lafaille la plus difficile qu’il ait jamais réalisé en Himalaya. Il ne c’est jamais senti aussi loin de la vie que sur cette arête trois jours durant…Il signe là une « Première Mondiale » qui ne sera, je pense, pas répétée d’ici longtemps…
C’est également le premier français sur le sommet de l’Annapurna depuis Benoît Chamoux en 1988, soit 14 ans plus tard…
Au delà de sa victoire sur lui-même par rapport à son histoire particulière avec l’Annapurna, Jean-Christophe à réalisé une ascension « exceptionnelle » qui marquera particulièrement l’histoire de l’alpinisme et de l’himalaysme au niveau international.
Jean-Christophe Lafaille fait partie des incontournables … c’est un grand Monsieur de la montagne…

Katia Lafaille..




Annapurna - Le compte rendu de l'expédition Les communiqués de Katia
Cho oyu  -  Shishapangma  -  Gasherbrum 1 et Gasherbrum 2  -  Lothse  -  Manaslu  -  K2  -  Annapurna -  Dhaulagiri  -  Nanga Parbat  -  Broad Peak