Onze 8000 vaincus !
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Dhaulagiri - Résumé de l'ascension par Katia Les Communiqués de Katia
Résumé de l'ascension par Katia
Jean-Christophe Lafaille a atteint le sommet du Dhaulagiri (8167m) seul et sans oxygène le 20 mai 2003 à 10h du matin dans des conditions difficiles

  
Ascension du Dhaulagiri 8167m en solitaire


Parti de France le 17 avril dernier, Jean-Christophe Lafaille souhaite gravir le Dhaulagiri 8167m, 7ème plus haut sommet de la planète, en solitaire. Il souhaite s’acclimater sur cette montagne située au Népal qui jouit aujourd’hui d’une situation politique plus calme que son voisin le Pakistan.

Le projet initial de Jean-Christophe était l’ascension du Nanga Parbat 8125m et du Broad Peak 8047m. ce projet est toujours maintenu. Son acclimatation va lui permettre de grimper plus rapidement les sommets suivants en réduisant considérablement les phases d’attente au camp de base…  


Il quitte Katmandou le 19 avril au matin en avion jusqu’à Pokhara (env.200km), règle encore des problèmes liés à la logistique, notamment avec les porteurs…
Le 20, il rejoint le village de Jomosson en avion, passe encore une journée à régler différents problèmes… toujours avec les porteurs…
Le 21, il peut enfin démarrer le trek qui le conduira trois jours plus tard au camp de base du Dhaulagiri à 4700m.
Le 23 avril au soir il est au camp de base.

Dès le lendemain, il commence son acclimatation avec une montée au camp 1 et son installation à 5800m d’altitude.

Globalement ses sensations sont bonnes.

Sur place se trouvent également une expédition chilienne, suédoise et allemande… Du monde en perspective…

  
Jean-Christophe, lui, a une organisation complètement individuelle.

Il n’a pas choisi. Les places sur le permis étaient complètes… L’agence Thamserku a trouvé un accord avec le Ministère pour rajouter Jean-Christophe sur un permis mais avec une organisation individuelle composée ; d’un cuisinier, d’un Kitchen Boy et du Sirdar (sorte de gendarme qui reste au camp de base la durée de l’expédition afin de contrôler que vous grimpez la voie indiquée sur le permis et pas celle qui se trouve à côté, car dans ce cas vous êtes tenu de payer deux fois votre permis....Comme presque toujours, le Sirdar ne reste pas au camp de base voir même n’y va pas mais touche son salaire bien entendu… environ 2500$…)

Le 27 avril, il atteint le camp 2 à 6800m…, il galère déjà avec des conditions météorologiques très mauvaises qui l’empêchent de s’acclimater, de la neige et toujours beaucoup de vent en altitude…

Le 4 mai, la tempête annoncée par le prévisionniste avec lequel nous travaillons en France est confirmée.

Elle est d’une incroyable intensité, la majeure partie des  tentes s’écroulent au camp de base, le vent atteint des vitesses de 150km/h. Jean-Christophe est emmitouflé dans son duvet, habillé et prêt à partir si son habitacle ne résistait pas à la tempête qui fait rage dehors.

Sa tente, contrairement à d’autres, résistera à ce déchaînement…

Selon leurs croyances, les sherpas associent ces conditions météorologiques très instables à la « Colère des Dieux » mettant en cause la sur fréquentation de l’Everest en cette année anniversaire du cinquantenaire de la première ascension.

La tempête doit baisser à partir du 6 mai…, Jean-Christophe n’aura pas pu dépasser les 6800 mètres d’altitude et donc poursuivre son acclimatation. Il craque un peu, l’attente devient difficile, il a besoin de bouger.

Une fois la tempête passée on peut se dire « après la pluie le beau temps… » eh bien non, pas en Himalaya, si les conditions météorologiques deviennent plus acceptables, le vent reste le compagnon fidèle de « la montagne blanche » le Dhaulagiri…

Entre temps, mon départ pour le Népal se précise.

Je m’envole de France le 5 mai pour arriver sur le sol népalais le 6 à 14h00… Nos enfants ; Tom 2 ans et Jérémi 9 ans m’accompagnent.

Je suis fatiguée par le voyage mais heureuse d’être arrivée à destination, de me rapprocher de Jean-Christophe. Je suis un peu stressée par la responsabilité que je prends en ayant mes enfants avec moi.

Le 8 mai, je quitte le brouhaha du quartier touristique de Tamel à 6h00 du matin afin de me rendre en bus à Pokhara (env.7h00) puis Phedi (30 min.) d’où commence le trekking.

Nous démarrons notre marche à 14h00… Il fait lourd et chaud, la température oscille entre 32/33°.
3h plus tard nous arrivons à Pothana, sous un orage violent. Nous passerons ici notre première nuit.


A 18h00, ce même jour, j’ai mon premier rendez-vous téléphonique avec Jean-Christophe. Il va bien, le moral est bon mais l’attente est longue, très longue, il aimerait avoir terminé cette ascension, nous rejoindre, faire ce trekking avec nous... Nous sommes proches et à la fois si loin.

Au fil du dialogue, je lui annonce les dernières prévisions météorologiques avec une baisse du vent à partir du 18 mai.

Jean-Christophe prend cette information comme une grande claque dans la figure… encore une semaine à attendre au camp de base…,il espérait une accalmie avant le 18…, il a un moment à vide, envie de laisser tomber, découragé par les conditions… nous discutons, j’essaye de positiver la situation, de lui remonter le moral…, lorsque nous raccrochons, il se sent mieux et moi aussi.
  
Le 9 mai, après une grosse journée de marche, nous arrivons à Chomrong (village ou Jean-Christophe avait été évacué en hélicoptère en 1992 suite à son accident avec Pierre Beghin à l’Annapurna).
Lorsque j’ai rejoint Jean-Christophe à l’Annapurna l’année dernière, j’avais dormi dans ce village ainsi qu’au retour avec Jean-Christophe. Je suis dans le même lodge cette année… bizarre d’être ici, un an après jour pour jour avec mes « petits ». A 18h00, je parle à Jean-Christophe. Rien de nouveau…, il attend et s’impatiente.

Le 10 mai, après une autre étape de marche importante, j’arrive au village de Deurali à 3000m., je pourrais presque découvrir « enfin » le Dhaulagiri si je n’avais pas les nuages qui me bouchent toute visibilité.
A 18h00, je parle pour la dernière fois avec Jean-Christophe au téléphone… une fois vidées, les batteries de mon téléphone satellite n’ont jamais voulu se recharger.

J’ai envisagé plusieurs problèmes, trouvé les solutions pour pas perdre de temps à réfléchir si un ennui, quel qu’il soit, survenait… mais je n’avais ni prévu, ni imaginé, que le téléphone loué en France, allait tomber en panne au milieu de la jungle avec d’un côté ; mes enfants, et le réconfort que pouvait m’apporter le téléphone dans cette situation, et de l’autre Jean-Christophe qui envisageait l’ascension du Dhaulagiri dans des conditions météorologiques globalement très très instables…, d’un coup je me suis sentie seule, toujours motivée, heureuse d’être là, mais terriblement seule…

Le 13 mai, j’arrive au village de Marpha à 2800m d’altitude, lieu de mon rendez-vous avec Jean-Christophe lorsqu’il aura terminé son expédition. Je suis à côté et paradoxalement coupée de lui et du reste…

L’envie de partir le rejoindre au camp de base me démange, je ne peux pas, je n’ai personne pour garder mes enfants et en aucun cas je ne les laisserais à des inconnus aussi gentils soient-ils… Il est encore moins envisageable de les emmener… le camp de base est à trois jours de marche du village, le col des français à passer à 5300m d’altitude, les nuit en campement dehors, dans la neige, etc…, non il n’en est pas question…

Difficile également pour moi de faire un suivi sans informations et sans téléphone !

Le 16 mai des porteurs descendent du camp de base pour aller acheter de la nourriture au village de Marpha. Ils me ramènent une lettre de Jean-Christophe…, nous revoici à l’ancien temps ou les informations passaient à dos d’homme…, je reçois cette lettre comme une pièce « précieuse »… enfin des nouvelles, un signe, je me délecte de cette lecture qui me détend le visage petit à petit…

Il va bien mais s’inquiète de ne plus avoir de nos nouvelles via le téléphone. Je rassure Jean-Christophe d’une longue lettre que les porteurs lui remettront en mains propre !


Je connais enfin sa stratégie d’ascension.

Il envisage de partir le 17 du camp de base pour le camp 1 à 5800m.
Le 18, le camp 2 ou 3, selon la météo.

Le 19, normalement il fait le sommet.

Le 20, arrivée à Marpha quoi qu’il en soit, au pire le 21 au plus tard.

Après avoir eu cette information, je décide de me rendre au village de Jomosson le 18 mai au matin. Jomosson est à environ 1h00 de marche de Marpha.
  
Au début de mon trekking j’étais dans la jungle, l’air était humide, les orages fréquents. Aujourd’hui, je suis dans le Mustang, l’air est très sec, il fait chaud, le paysage est aride et tous les jours, à partir de 10h du matin, le vent se lève et souffle violemment toute la journée… très très pénible, on mange du sable et de la poussière, impossible de s’entendre, enfin bref même si l’endroit est beau les conditions ne sont pas très cool !

Ce village, pas très charmant, possède un petit aéroport assurant les liaisons avec Pokhara mais également un téléphone…les lignes sont mauvaises, elles coupent toutes les deux minutes mais bon il y a un téléphone…
Je vais pouvoir contacter Yann, le prévisionniste météo, afin qu’il me donne le dernier bulletin mais surtout la force du vent au sommet du Dhaulagiri et Patrick, le webmaster de notre site internet, à qui je dicte le « communiqué » sur son répondeur, qu’il recopie pour le mettre en ligne rapidement et vous faire partager ces informations !

Il est 9h du matin lorsque je pars pour Jomosson… Cet horaire n’est pas idéal pour passer à travers la tempête de vent quotidienne mais bon c’est ainsi. Compte tenu du décalage d’horaire de 3h45 avec la France, j’ai prévu mon retour sur Marpha en milieu d’après-midi.
A mi-chemin, Tom est malade, je dicterai seulement le « communiqué » à Patrick… je me passerai du dernier bulletin météo pourtant si important à mes yeux… Je rentre dans la foulée à Marpha avec le vent, déjà tempétueux, en pleine face… Vers 11h30, j’arrive saoulée par les rafales, fatiguée par cette matinée.

Le 19 se passe, les questions se bousculent... Pas de réponses !

Le 20… idem… je scrute le sentier qui mène au camp de base, je scrute un mouvement, une présence humaine, rien de rien, je m’interroge…

Normalement il devait être au sommet hier le 19…, il m’avait écrit « je serais le 20 ou le 21 au plus tard à Marpha… ».
Bon, il a dû faire autrement, les conditions devaient être mauvaises… enfin bref, je pense, j’imagine, j’élabore, mais à partir de quoi ? Absolument rien… une stratégie avorte la précédente et le soir je m’endors perdue dans des suppositions et des interrogations.

Le 21, il est 05h00 du matin, je me lève, je n’arrive plus à dormir, je range la chambre, les enfants dorment. La matinée se passe… L’attente est insupportable, à 14h00 je pars avec mes enfants sur le sentier qui mène au camp de base afin d’aller à la rencontre de Jean-Christophe…

Une heure après je vois quelqu’un qui descend, je n’arrive pas à l’identifier et encore moins à me dire qu’il s’agit, peut-être, de Jean-Christophe, que cette attente est terminée, que cette expédition est finie… Mais c’est bien lui qui arrive fatigué mais heureux de nous retrouver…

Je ne sais pas s’il a réussi le Dhaulagiri ! Je n’aurais pas le temps de lui poser la question que déjà il me confie qu’il était au sommet la veille à 10h00 du matin en exploitant « le créneau » de beau temps de la journée avant que les cumulus n’avalent le Dhaulagiri et que la neige n’immacule la « Montagne Blanche ».



Pour finir, il aura dû changer encore sa stratégie d’ascension car si le vent avait baissé, il neigeait en fin de matinée et l’après-midi…

Le 17, il a quitté le camp de base pour dormir au camp 1.
Le 18, il a dormi au camp 2.
Le 19, au camp 3 à 7500m.

Le 20 au matin, il quitte le camp 3 à 7500 m vers 4h30 par une traversée dans une pente de neige ne représentant pas de difficultés techniques majeures. Mais là l’erreur ne pardonne pas. Un grimpeur de l’équipe allemande a chuté à cet endroit, il a réussi à s’arrêter avec son piolet. Après avoir rejoint le camp de base, il a été évacué en hélicoptère. Au même endroit, le grimpeur espagnol, Pépé Garces, a fait une chute mortelle en 2001.

Jean-Christophe grimpe vite, profite du « créneau » de beau temps en ayant à l’œil les gros cumulus qui bourgeonnent déjà…
  
Son copain, Ed Viesturs, l’avait mis en garde sur la difficulté d’atteindre le « bon » sommet du Dhaulagiri.

Un très grand nombre d’expéditions s’arrêtent au mauvais endroit croyant être au sommet du Dhaulagiri ! En fait, il y a encore une bonne heure de marche !

Le terrain est plutôt rocheux avec un peu de neige, une large arête qui forme une sorte de plateau…, plus loin, un macchabée, membre d’une expédition Japonaise, repose…

Par souci de faire « le sommet », Jean-Christophe l’a même dépassé ! il revient sur ses pas , regarde sa montre, il est 10h00 du matin, ça y est, il a réussi, il est au sommet du Dhaulagiri !

Il a réalisé, bien entendu, cette ascension sans oxygène et en solitaire.

Il passe environ 15 minutes au sommet, les cumulus commencent à envahir les lieux, il est temps de redescendre, ne pas se perdre dans les nuages, rester vigilant… A 16h30, le même jour, il rejoint le camp de base.

Ses affaires sont déjà empaquetées, rangées, il est prêt à partir pour Marpha… Le 21, il quitte le camp à 05h00 du matin. A 15h00 nous nous retrouvons enfin.

Il a réussi son 9ème sommet de plus de 8000 mètres ! BRAVO !

Après quelques jours en « famille » une nouvelle séparation approche… le 30 mai nous sommes à l’aéroport de Katmandou, j’ai mon vol pour rentrer en France, Jean-Christophe pour le Pakistan afin de poursuivre son projet initial, la séparation est douloureuse…

Katia Lafaille.
Dhaulagiri - Résumé de l'ascension par Katia Les Communiqués de Katia
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