Onze 8000 vaincus !
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Résumé de Katia
Nanga Parbat

Le 13 mai, après 6 jours de trekking nous sommes à Marpha. Nos retrouvailles avec Jean-Christophe sont prévues ici dans ce village.

Le 21 mai, Jean-Christophe arrive à Marpha ; le 23 nous quittons cet endroit pour nous rendre à Katmandou où nous passons avec nos enfants une semaine de vacances.

Le 30 mai, je prends mon avion pour la France et Jean-Christophe pour le Pakistan.

Le 1er juin, il arrive à Islamabad, le 5 juin au camp de base du Nanga Parbat (versant Diamir) à 4000 m d’altitude.

Il retrouve avec plaisir son ami américain Ed Viesturs ( arrivé une semaine avant ) avec lequel il envisage de partager les deux ascensions à venir : le Nanga Parbat et le Broad Peak.

Au camp de base se trouve également une grosse équipe de grimpeurs casaques (12 grimpeurs ) un grimpeur Basque : Inaki Ochoa et un grimpeur Italien : Simone Moro.

Cela permet de réduire le coût de l’expédition car le permis d’ascension est divisé par le nombre de grimpeurs.

La montagne est en bonne condition.

Jean-Christophe constate également que la ligne d’escalade repérée à travers des livres en France qu’il projetait d’ouvrir est en excellente condition dans sa partie supérieure visible du camp de base.

Il ne perd pas de temps, le lendemain de son arrivée au camp de base il monte et dort au camp1 à 4900m. avec Ed.

Le 7, il installe son camp2 à 6000m et au matin du 8 juin ils redescendent au camp de base car le temps change, il neige...

Le 11 juin, avec Ed, il monte et dort au camp 2. Le 12, il redescend au camp de base, il ne se sent pas bien.

Il a attrapé une « gardiase », sorte d’intoxication alimentaire qui met environ 10 jours à se développer, on se sent faible, on a les jambes coupées, des nausées, des selles plus que liquides et mal au ventre... résultat ; une semaine au camp de base pour Jean-Christophe afin qu’il se remette et qu’il récupère ses forces.

Le 16 juin, il décide de rattraper le temps perdu et s’adapte au bon créneau météorologique annoncé. Il monte donc du camp de base à 4000m directement au camp 3 à 7000m d’altitude afin de déposer le matériel qu’il n’avait pas pu monter suite à son intoxication alimentaire puis redescend au camp de base.

Il est allé repérer les conditions du bas de la voie qu’il projette d’ouvrir... très bonne nouvelle, elles sont excellentes !!!

Et puis..., il est très difficile de préparer un projet comme celui-ci avec autant de monde au camp de base sans attirer l’attention...

le grimpeur Italien Simone Moro est allé voir Jean-Christophe afin de lui proposer d’ouvrir cette voie ensemble. Jean-Christophe n’était pas très chaud, ce projet il l’avait préparé, envisagé en solitaire, mais bon la montagne appartient à tous le monde... il a donc accepté de faire équipe avec Simone en regardant le bon côté des choses...


l’approche au pied de la face se fait sur un glacier assez ouvert, il vaut mieux être à deux sur ce type de terrain, ensuite l’escalade se déroule en solitaire intégral.

Ed de son côté empruntera la voie initiale, la « Kinshofer » et se rendra directement du camp 1 au camp 3.

Jean-Christophe et Simone quittent le camp 1 à 4900m d’altitude dans la nuit du 20 juin afin de réduire les risques liés aux dangers objectifs ( chutes de pierre, avalanches, etc... ).

Jean-Christophe ouvre l’ascension dans des pentes de neige inclinées à env. 50°, puis une section de mixte (neige, rocher et glace) assez délicate encore des pentes de neige d’une inclinaison soutenue et du mixte délicat (voir le topo).

Ce type d’escalade demande beaucoup de concentration et une grosse expérience « alpine » pour pouvoir gérer l’effort psychologique et physique jusqu’au sommet. Les années de pratique de Jean-Christophe lui permettent d’entreprendre avec succès ce type de projet. Le massif du Mont-Blanc est devenu pour Jean-Christophe un fantastique « laboratoire ». Il se prépare toujours techniquement et psychologiquement avant une ascension...
Il va se tester, s’entraîner, se préparer dans des domaines différents mental, physique, technique, il ne néglige jamais, malgré son expérience, les ascensions qu’il projette...

Pendant que Jean-Christophe et Simone grimpent ce nouvel itinéraire, Ed progresse sur la voie « Kinshofer » en direction du camp3.

Il fait beau, le soleil chauffe les pentes de neige moins raides que Jean-Christophe et Simone ont rejoint après 2000 mètres d’escalade soutenue et magnifique...

la prudence et l’expérience les incitent à installer un camp « bivouac » à 6900m d’altitude et remettre au lendemain la sortie de la voie vers 7200m et les retrouvailles avec Ed au camp3.

Le 21, ils quittent le « Bivouac » pour sortir la voie et rejoindre Ed au camp 3 à 7000m.

La météo n’est pas très bonne, il neige beaucoup. Vu les conditions météorologiques, ils décident de rester sous la tente et de partir pour le camp 4 le 22 juin au matin.

Entre temps, je n’ai plus aucune nouvelle de Jean-Christophe et l’inquiétude me gagne peu à peu, de plus j’ai reçu un bulletin météo de Yan plutôt très pessimiste sur les prochaines 48h00... mon dernier contact téléphone avec Jean-Christophe était le 22 juin à 16h00, ce même jour à 23h00 je reçois le bulletin de Yan qui m’annonce ce changement de météo... et puis plus de nouvelle de Jean-Christophe... inutile de dire que l’imagination marche à 100% dans ce type de scénario. En même temps je gère pas trop mal mon inquiétude car je connais la rigueur et l’expérience de Jean-Christophe.


Le 22 juin, Jean-Christophe, Ed et Simone quittent le camp 3 dans une météo moyenne pour se rendre au camp 4 à 7400m par l’itinéraire « Kinshofer ».
Simone craque physiquement vers 7200m d’altitude, il ne peut plus poursuivre il redescend au camp de base... avec la radio et le téléphone... Jean-Christophe et Ed n’ont ni radio, ni téléphone... je ne risquais pas d’avoir des nouvelles...

Ils poursuivent en duo cette ascension.

Le 23 juin à 11h45 dans des conditions météorologiques moyennes et en brassant beaucoup de neige tombée ces dernières 48h00, Jean-Christophe et Ed atteignent le sommet du Nanga Parbat 8125 mètres sans oxygène !

C’est le 10ème sommet de plus de 8000 mètres pour Jean-Christophe et le 12ème pour Ed.

La visibilité au sommet est nulle, ils ne peuvent pas admirer le panorama, paraît-il magnifique, sur cette montagne...

Je suis vraiment heureuse et soulagée lorsque j’apprends la nouvelle...

Jean-Christophe montre une fois encore ses capacités hors du commun en réussissant cette ascension dans ces conditions météorologiques avec la fatigue de l’ouverture d’une nouvelle voie et à ne pas oublier l’ascension du Dhaulagiri un mois plus tôt dans des conditions une fois encore très difficiles...

Le 24 juin, ils rejoignent le camp de base et nous nous parlons enfin.

Jean-Christophe est un peu gêné, par cette ouverture avec Simone qui n’a pas réussi l’ascension du Nanga Parbat.. Il ne sait pas trop comment l’aborder car la difficulté d’une ascension est de gérer l’ensemble, surtout en Himalaya, pour arriver au sommet.

Une nouvelle voie a été ouverte sur ce versant Diamir du Nanga Parbat par Jean-Christophe et partiellement par Simone. La voie ne se termine pas à 7000 mètres d’altitude mais au sommet. Il aurait souhaité terminer avec Simone ce qu’ils ont entrepris ensemble.
Jean-Christophe est mal à l’aise car cette ouverture a été annoncée aux médias alors qu’ils étaient encore dans la voie..., Jean-Christophe considère avoir ouvert un nouvel itinéraire lorsqu’il arrive au sommet.

De ce fait, la voie a été re-baptisée voie "TOM"... c’est le cadeau qu’il voulait faire à son fils de 2 ans...

Jean-Christophe est heureux de marquer également ce cinquantenaire du Nanga Parbat, dont on ne parle hélas pas beaucoup, pour rendre un hommage à Hermann Buhl qui fût le premier à gravir le Nanga Parbat le 3 juillet 1953 en solitaire... pour l’époque c’était vraiment une très belle performance passée aux oubliettes par l’actualité exagérée des 50 ans de la 1ère ascension de l’Everest.
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