En avril 1995, je me suis lancé dans un nouveau projet qui consistait en l'ascension successive de dix faces nord, de l'Eiger aux Grandes jorasses en l'espace de quinze jours seulement.
10000 mètres d'escalade au total, 180 kilomètres de randonnée à ski
pour rejoindre les différents massifs et dix-sept heures passées dans le Cervin pour couronner le tout.
Certains spécialistes ont critiqué mes choix d'itinéraires ou de faces, prétextant qu'ils ou elles n'étaient pas à la « hauteur » des défis à la mode.
Leur jugement ne m'a fait ni chaud ni froid: encore un bon signe.
Pour moi, cette expérience au long cours, cette accumulation de difficultés visaient un objectif essentiel:

Retrouver mes sensations au cours d'efforts répétés

Me prouver que je pourrai enfin venir à bout de cette satanée face sud de l'Annapurna.Qui plus est, en solo.
Sous ce choix, nulle forfanterie ni arrogance, deux notions qui se marient mal avec l'exercice de l'alpinisme de haut niveau.
Ce que je désirais, à l'occasion de cette nouvelle ascension, c'était marier l'enthousiasme et le recueillement, la paix et la cohérence, des sentiments qui s'épanouissent plus naturellement lors d'une expérience en solitaire.
Je n'aime pas trop me référer à des citations ou des maximes, mais je me souviens avoir médité, juste avant de retourner au Népal, celle-ci, énoncée par un chaman esquimau bien dans le ton de ce que je ressentais à
l'époque :
" La vraie sagesse ne se rencontre que loin des hommes, dans les vastes solitudes. Elle ne peut être atteinte que par la souffrance et les privations. La souffrance est la seule chose qui révèle à un homme ce qui est caché aux autres ".
JC.Lafaille.