Pourquoi l'himalaya EN HIVER ?
Voici ce que Jean-Christophe a écrit avant son départ pour la premiere expédition hivernale solitaire réussie en himalaya (shishapangma 2004) :
L'Himalaya en hiver :Pourquoi partir en Himalaya en hiver ?
Je me pose et l'on me pose souvent la question.
Tout est difficile en Himalaya et l'hiver les conditions deviennent particulièrement extrêmes.
Je pense qu'il n'y a rien d'aussi dur que de vouloir gravir un sommet de plus de 8000 mètres en saison hivernale et pourtant je rêve depuis des années de tenter ce challenge.
Le peu d'alpinistes qui se sont confrontes à ces conditions décrivent des conditions de froids terribles avec des températures naviguant dans les -30/-40 °c et des vents de haute altitude tempétueux.
A contrario, je sais que les conditions de neige sont souvent excellentes car les parois ont été balayées par le vent.
En 1993, après mon ascension du Cho Oyu j'avais tenté de rejoindre la face sud ouest du Shishapangma pour en faire la première ascension solitaire. J'ai été toujours attiré par cette grande paroi pour sa beauté, son intérêt technique pour un solitaire.
La première fois que j'ai vu cette face magnifique c'était à l'automne 92,au travers du hublot de l'avion en approche au dessus de Kathmandu, la capitale du Népal. Les lignes épurées et baignées de soleil m'avait particulièrement attiré. D'ailleurs depuis 1984, date de sa première ascension par le brillant trio britannique, Doug Scott, Alex Mac Intyre et Roger Baxter Jones, cette paroi haute de plus de 2000 mètres ne cesse d'attirer les alpinistes du monde entier. Aujourd'hui, six itinéraires nouveaux ont été réussis.
Au delà de l'intérêt technique de cette paroi, il y a aussi une certaine attirance romantique a remonter les flancs de cette montagne à la recherche de l'écharpe jaune de Tchang, le héros de Tintin au Tibet, l'une des lectures qui a baigne mon enfance…
C'était à l'automne 1993. J'avais abandonne durant la marche d'approche dans l'immense et sauvage vallée du Langtang. A cette époque, je n'ai pas de permis d'ascension et je tentais de passer illégalement la frontière du Tibet. Mais l'immensité, l'isolement, des problèmes de ravitaillement m'avaient fait rebrousser chemin.
En octobre 1994, j'étais au sommet central du Shishapangma deux jours de suite et par une voie nouvelle directement dans la face Nord.
En 1996, après mon superbe enchaînement solitaire des deux Gasherbrums au Pakistan, je me sentais prêt comme jamais pour tenter de nouveau une ascension en solitaire et de plus en hiver.
Ca sera de nouveau une tentative sans l'argent nécessaire pour un permis d'ascension donc par l'incertaine vallée du Langtang. Au bout d'un semaine de perdition, hors du temps, Il n'y aura ni écharpe de Tchang, ni yeti, ni sommet du Gosainthan (le Shishapangma en tibétain) mais d'incroyables moments de solitude et de perdition. De cette expérience hors norme j'en suis revenu fascine par l'Himalaya en hiver.
L'hiver 1997, je persiste dans ma volonté d'être le premier homme a réussir un sommet de plus de 8000 mètres en solitaire.
Mon objectif devient la face Est du Daulaghiri (8167m). Je vais abandonner à nouveau sans même atteindre le camp de base tant la montagne était dangereusement enneigée cet hiver là…
Une belle leçon d'humilité face à l'Himalaya hivernal.
Aujourd'hui, en 2004, personne n'a encore réussi un sommet de plus de 8000 mètres en hiver, en solitaire et sans apport d'oxygène artificiel.
J'ai réussi onze sommets de plus de 8000 mètres le plus souvent en solitaire, par des voies nouvelles, des enchaînements ou des traversées d'arêtes. Je me suis essayé à tous les styles de challenges que peuvent m'offrir ces plus hautes montagnes du monde sauf aux conditions hivernales…
Comme dans les Alpes, l'incertitude de telle ou telle paroi, la solitude, les conditions hivernales ont toujours orienté ma motivation, mon parcours d'alpiniste.
Depuis mes ascensions réussies du K2 et de l'Annapurna, je sais intérieurement que je peux réussir les quatorze sommets de plus de 8000 mètres mais je ne sais pas encore si je suis capable de faire une telle escalade dans les conditions épouvantables de l'hiver.
Cette incertitude me motive plus que de collectionner telle ou telle ascension en saison " classique ".
Suis-je capable de grimper en état d'hypoxie, par des températures polaires de- 40 ou -50°c et dans une solitude physique et mentale insondables ? suis je capable de tenir mentalement durant des heures et des heures dans la nuit hivernale allongé sous ma minuscule tente devenue un carcan de froidure ?
Aujourd'hui le Shishapangma reste invaincu en hiver. Ais je la capacité de m'élever seul par mes propres moyens jusqu'au sommet de ce géant au cœur de l'hiver himalayen ?
Toutes ces questions me passionnent, m'intriguent et ont été le moteur des nombreuses heures d'entraînement que j'ai effectue durant tout cet été 2004 avec la précieuse aide de mon partenaire LPG qui m’a donné accès à des moyens de préparation physiques (appareils Huber et le S6) et nutritionnels en me mettant en relation avec René Même préparateur physique.
Mes partenaires Petzl et Lestra se sont exécutés quand à mes besoins spécifiques en modifiant en créant le matériel idéal et nécessaire à un tel projet. Merci à eux et aux autres que je n’ai pas cité mais qui contribuent également à ce projet.
Les réponses viendront bientôt sur les flancs glacés du Shishapangma (8036m)...
Jean-Christophe Lafaille.
le 02 novembre 2004