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Qu'est-ce que la "technique alpine" ?
"La technique alpine est une notion qui englobe le fait d'être en autonomie le plus possible, c'est-à-dire de ne pas utiliser de cordes fixes et de camps fixes et de grimper comme on grimpe dans les Alpes, sauf qu'on est dans une grande paroi himalayenne et donc qu'on est plus engagé. Cela a des avantages et des inconvénients.

"L'avantage : ça permet de grimper très léger, ça m'arrange plutôt puisque je ne suis pas un gros gabarit et que je ne suis pas adapté pour du portage. Donc, on grimpe vite. L'ascension est plus rapide. La fatigue est paradoxalement moins importante mais plus violente. Il faut être très bien acclimaté pour grimper vite et aussi rentrer le plus vite possible.

"L'inconvénient : on est très engagé, on est soumis à sa propre vitesse, il ne faut pas faire d'erreur et surtout ne pas attraper de mauvais temps. Pour résumer brutalement, je dirais que si, en 1992, avec Pierre Beghin, on avait utilisé la technique himalayenne avec des cordes fixes, on serait rentré sain et sauf l'un et l'autre.

"La technique alpine a une limite aussi dans la mesure où on a très peu de matériel. En 2000, au Manaslu, j'avais décidé de ne pas prendre de corde, j'avais juste les piolets et les crampons. Cela limite techniquement, on ne peut pas faire de choses comparables à ce qu'on fait aux Drus ou dans la face nord des Grandes Jorasses. S'il faut introduire les cordes, pitons et les choses à transporter, comme pour des voies difficiles dans les Alpes, ça ralentit.

"C'est la raison pour laquelle le choix se porte vers des itinéraires de glace, des couloirs et des goulottes. L'entraînement et le matériel qu'on a aujourd'hui permettent de grimper très vite et de ne pas avoir à s'assurer. Il faut savoir aussi qu'on ne peut pas quitter les gants, qu'on doit rester bien protégé.

"L'initiateur de tout cela, c'est encore Messner. Il est parti du refus de l'oxygène et des camps fixes, ce qui oblige à progresser comme dans les Alpes, avec des contraintes : la haute altitude et la hauteur de la paroi. 3.600 m de longueur dans le K2, c'est hyper-long."