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...et toutes les réponses de J.C. Lafaille...
Pourquoi grimper en solitaire ?
"L'idée d'être solitaire me plaît bien. J'ai déjà fait pas mal de sommets seul. J'aime cela d'abord parce que c'est plus dur. Etre seul, même sur la voie normale d'un 8 000, c'est impressionnant, tout est beaucoup plus grand autour de soi. Et la solitude a des contraintes techniques. Tu ne peux pas t'appuyer sur quelqu'un d'autre pour ta sécurité. Il manque le regard de l'autre, surtout quand on commence à être fatigué. Enfin, tu es seul à faire ta trace dans une neige plus ou moins profonde.

"J'affectionne donc la course en solitaire mais il est vrai aussi que je n'ai trouvé personne avec qui j'aie le feeling. Dans les Alpes, ce n'est déjà pas toujours facile de bien s'entendre, alors en Himalaya… Cela veut dire avoir les mêmes envies aux mêmes moments, avoir l'idée d'aller telle année au K2 ou telle année à l'Annapurna, sur telle ou telle paroi, et arriver à vivre ensemble deux mois. Et puis l'accident de 1992 joue un rôle là-dedans. Depuis lors, il m'est difficile de m'engager dans une grande paroi avec quelqu'un d'autre, par rapport aux prises de décisions… J'ai fait deux tentatives malheureuses à l'Annapurna, deux fois au même endroit.

"Et puis c'est aussi un challenge sur le plan sportif. Le K2 n'a pas encore été fait en solitaire. C'est un beau rêve à réaliser. Il y a eu des tentatives, notamment sur la voie polonaise, sur la face que j'envisage, par un Japonais. Et puis il y a eu Pierre Beghin qui a fait une belle tentative, qui a fini seul à 8 000 m côté chinois. Sa plus grosse frustration d'alpiniste est d'avoir raté cette solitaire de pas grand'chose en fait. Un énorme investissement peut s'écrouler en quelques heures à cause de la météo. Et celle du K2 est réputée particulièrement capricieuse ! Tout cela entre dans la stratégie que je devrai adopter sur place. Grimper vite est à la fois une contrainte et une sécurité."